Skip to main content

Full text of "Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus"

See other formats





Sainte Thérèse de V Enfant-Jésus ? 

Un nom qu'on peut prononcer dans toutes les langues ; une sainte 
qu'on peut nommer dans tous les pays du inonde. Aussitôt on sera 
compris, aussitôt les gens souriront de bonheur. 

Et presque toujours, n'importe où sur la terre , il y aura quelqu'un 
pour raconter un miracle dû à l'intercession de celle dont la renommée 
est mondiale. 

Qui était-ce donc? A-t-elle tellement voyagé, pour être ainsi 
connue partout? Est-elle morte après une vie très longue et très 
glorieuse ? 

Rien de tout cela. 

C'ctait une simple petite fille de Normandie qui, dès son enfance, 
aima de tout son cœur le Seigneur. Elle l'aima tellement qu'elle 
voulut lui en donner la plus grande preuve possible, en lui donnant 
sa vie meme. 

Elle rêvait, certes, des terres lointaines où, peut-être, elle aurait 
pu aller pour faire connaître et jairc aimer le nom de Jésus. 

Mais pourtant, elle entra au Carmel à quinze ans et demi, après 
avoir bien réfléchi, et parce qu'elle était sûre que c'était de cette jaçon-là , 
en renonçant à tout, même aux joies de l'apostolat actij, qu'elje aimerait 
le mieux et qu'elle sauverait davantage d'âmes. 

Pendant les années qu'elle passa au Carmel de Lisieux, elle ne se 
)it remarquer que par la manière parfaite dont elle accomplissait tout 
ce qu'elle avait à faire. Des choses très ordinaires, d'ailleurs, comme 



faire le ménage, mettre le couvert, faire la lessive. Même des religieuses 
qui vivaient près d’elle ne se doutaient pas à quel degré de perfection 
elle était arrivée... 

Dans sa vie intime avec le Bon Dieu, c’était la même chose. Elle 
ne voulait pas être autre chose qu’un petit enfant qui cherche sans 
cesse à faire plaisir à son Père des deux. Mais pour y réussir 
tout à fait comme elle le fit, il fallait devenir une sainte. 

Elle y travailla donc toute sa vie, à tout instant, avec beaucoup 
de vaillance et surtout beaucoup d’amour. 

Et c’est parce que le Seigneur a été tellement content de celle qui 
resta toujours « sa petite fille » qu’il en fit une si grande sainte. 

A peine était-elle morte qu’elle faisait déjà des miracles, montrant 
ainsi la puissance que Dieu lui donnait. En quelques années, le nom de 
cette jeune carmélite qui n’était jamais sortie de son couvent, était 
connu jusqu’aux extrémités de la terre. L’histoire de sa vie, qu’elle 
avait écrite pour obéir à sa Supérieure, se répandit partout et fut 
traduite dans toutes les langues ; de gros livres furent écrits pour 
relater tous les miracles qu’elle accomplissait. 

Elle aide avec autant de bonté les riches et les pauvres, les 
grandes personnes et les enfants. Elle envoie sa « pluie de roses » sous 
tous les deux et dans toutes les directions. 

Ce qu’elle désire le plus, c’est faire comprendre à beaucoup 
d’âmes combien, finalement, il est simple d’aimer le Bon Dieu de 
toutes ses forces, à condition de le vouloir pour de bon. 

Et c’est bien, n’est-ce pas, ce qu’il faut surtout lui demander ! 


Agnès Richommi:. 





I Les cloches de Notre-Dame d’Alençon sonnent pour 
un baptême. Il fait froid. C'est le 4 janvier 1873. 
Le bébé est une petite, toute petite fille de deux jours. 

En faisant couler sur son front l’eau qui la faisait 
fille de Dieu, le prêtre lui a dit : « Marie, Françoise, 
Thérèse, je te baptise au nom du Père, et du Fils, et 
du Saint Esprit. » 

Mais on rte l’appellera que Thérèse. Et pour nous 
tous aujourd’hui, cette petite Thérèse, c'est une grande 
sainte : sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, qu’on nomme 
aussi sainte Thérèse de Lisieux. 



2 Son père, M, Martin, est horloger. Et sa maman a 
un bien joli métier : elle fait de la dentelle, une 
dentelle qu’on appelle justement le point d’Alençon. 

Thérèse est la neuvième enfant de cette famille. 
Mais il ne reste, au moment où elle naît, que quatre 
filles vivantes : Marie, Pauline, Léonie, Céline. Les 
quatre autres enfants se sont envolés tout petits vers 
le ciel. M mfi Martin a eu bien du chagrin de perdre ainsi 
quatre bébés. Aussi se penche-t-elle avec un amour inquiet 
sur ce nouveau berceau. Thérèse est si menue. Va-t-elle 
vivre? Elle semble bientôt ne plus «profiter». Angoisse 
dans la famille. Le médecin n’est guère rassurant. 



3 11 conseille de confier l’enfant fragile à une bonne 

nourrice, en pleine campagne. 

Et la petite fille, au bon air vif des champs, se remet 
bientôt et devient vite un beau bébé blond et rose. 

Lorsque ses parents la reprennent, elle a un peu plus 
d’un an et sa santé est maintenant bien raffermie. 

C’est comme un beau bouton de fleur qui va désor- 
mais s’épanouir dans sa famille. 

Inutile de dire combien elle est aimée, étant la der- 
nière, et d’ailleurs si mignonne. Sa maman, son papa, 
ses quatre grandes soeurs la chérissent. 



4 Mais c’est de la bonne manière qu’on aime le 
bébé. On ne lui accorde pas tous ses caprices de 
petite enfant, bien loin de là! M. et M mt ’ Martin sont 
des parents très chrétiens qui accomplissent fort bien 
leur tâche d’éducateurs. 

Aussi, malgré le désir qu’on aurait de gâter spécia- 
lement la petite dernière de la famille, on pense avant 
tout à son bien. Sa maman surtout cherche à déve- 
lopper en elle toutes les bonnes tendances déposées par 
la grâce et à neutraliser ce qui peut être défectueux. 





5 Thérèse a d’ailleurs une excellente nature, aimable 
et affectueuse. Son cœur déborde de tendresse. 
« On ne peut se figurer, dira-t-elle plus tard, combien 
je chérissais papa et maman! » 

Sa maman! La petite ne veut pas la quitter. Elle 
la suit partout, trottant sans cesse sur ses talons. La 
voilà dans l’escalier. C’est une véritable escalade pour 
ses toutes petites jambes. A chaque marche elle crie ; 
« Maman, Maman! » et M ,m ‘ Martin doit répondre : 
« Ma petite fille! » sinon Thérèse reste là, sans plus 
bouger. Son cœur aimant ne peut se passer de I encou- 
ragement de sa maman. 


6 Quant à son papa, le bébé l’avait complètement 
conquis. Il ne l’appelait que « sa petite Reine ». 

« Il me promenait autant que je voulais, dans les 
appartements et dans le jardin », dit Thérèse. Et cette 
promenade se faisait souvent, pour la petite fille... 
assise sur l’une des bottes de M. Martin. 

Elle aime de même ses sœurs, mais surtout Céline, 
son aînée de trois ans et demi seulement. Les deux 
petites sont inséparables et inventent ensemble toutes 
sortes de jeux passionnants. 

Dans cette famille où l'on vit si heureux parce qu’on 
est uni, le malheur va venir bientôt pourtant. 


8 La riche nature de Thérèse la rassure d’ailleurs, 


7 M 111 " Martin tombe gravement malade, d’un mal 

qui ne pardonne pas. 

La pauvre maman, se sachant condamnée, supplie 
le bon Dieu de lui laisser au moins le temps d’élever 
ses enfants, dont les deux dernières sont encore bien 
petites. 

Elle fait le pèlerinage de Lourdes, confiant sa vie 
et sa famille à Notre-Dame. Et là, elle comprend que 
Dieu lui fait signe et que la Sainte Vierge prendra soin 
elle-même des orphelines. Alors, elle se soumet de 
tout son cœur à la volonté du Bon Dieu et se prépare 
à paraître bientôt devant Lui. 

Pourtant, aussi longtemps qu’elle le peut, elle rem- 
plit sa tâche de maman. 


Elle écrit à cette époque : « Ma petite Thérèse 
est douce et mignonne comme un petit ange. Elle a 
un caractère charmant. On voit déjà cela. Elle a un 
sourire si doux... Elle sera bonne, on en voit le germe 


Si petite qu’elle soit, Thérèse manifeste pourtant 
une volonté très ferme. Elle a aussi très bon cœur 
et ne peut se consoler quand elle croit .avoir fait de la 








9 Sa chère maman n’a pas attendu qu’elle sache parler 
pour joindre ses petites mains et lui apprendre 
à prier. 

Déjà» elle se plaît beaucoup à l’église et « fait sa prière 
comme un petit ange ». Surtout, elle apprend tout au 
long de ses journées à vivre sous le regard de Dieu, 
à lui faire plaisir par des petits riens d’enfant. Il suffi- 
sait de lui dire : « Tu fais de la peine au petit Jésus », 
pour qu’elle cesse immédiatement ses caprices. 

Elle-même a pu écrire plus tard : « Depuis l’âge 
de trois ans, je. n’ai jamais rien refusé au Bon Dieu. » 


10 Et pour cette nature ardente et si riche, ce ne 
dut pas être facile tous les jours. 

On lui a dit que les sacrifices faisaient plaisir au bon 
Dieu. Thérèse (elle n’a toujours pas cinq ans) se met 
à multiplier les renoncements et les petites mortifi- 
cations. Et le soir, c’est un beau bouquet qu’elle peut 
offrir au Père des deux. 

Jusqu’à cent sacrifices en un seul jour, qu’elle compte 
sur un petit chapelet spécial où l’on pousse un grain 
chaque fois — cadeau de sa grande sœur Marie. 

On peut se demander quels étaient les sacrifices 
de cette toute petite. 


Il Thérèse nous en donne elle-même, dans l’histoire 
de sa vie, quelques exemples : 

« J'avais pris l’habitude de ne pas me plaindre quand 
on m’enlevait ce qui était à moi, ou bien, lorsque j’étais 
accusée injustement, je préférais me taire que de 
m’excuser... » 

Petits sacrifices! En réalité, bien des grandes personnes 
accomplissent fort difficilement des actes de ce genre, 
qui demandent une réelle maîtrise de soi, et plus encore 
une forte dose d’amour de Dieu. Cette toute petite 
de quatre ans et demi avait déjà l’un et l’autre. 


12 Dès sa plus petite enfance, Thérèse a appris, en 
même temps que l’amour du Seigneur, celui de 
la Sainte Vierge Marie. 

Quand elle court joyeusement dans les prés autour 
d’Alençon, elle cueille des brassées de fleurs des champs 
qu’elle rapporte pour orner la statue de Notre-Dame 
qui occupe toujours une place d’honneur dans la famille 
Martin. 

Et quand c’est le mois de Marie, une pièce de la maison 
est transformée en chapelle qu’on décore de toutes 
les manières. 

Quel plaisir alors, pour Thérèse, de faire sa prière 
« en sautant de joie », nous dit-elle, devant le bel 
autel tout fleuri. 










13 Un dimanche, Thérèse rentre ies bras chargés de 
fleurs cueillies tout exprès. La bonne grand-mère 
Martin est là en visite. Et voilà qu’elle demande à 
Thérèse son bouquet pour l’emporter chez elle. 

On peut s’imaginer la déception de Thérèse. Cepen- 
dant, sans rien dire, elle donne ses fleurs une par une, 
sans en garder une seule. Pourtant, intérieurement, 
elle lutte si fort et elle souffre tant qu’elle a bien du 
mal à ne pas pleurer. C’est sa sœur Céline qui s’est 
aperçue de cela et qui l’a dit. Dieu devait être bien 
content de sa petite enfant. 


14 La santé de M mr Martin décline de plus en plus. 

Et c’est Marie, la sœur aînée, qui se fait la première 
institutrice de Thérèse. Avec Céline, la petite fille 
commence donc à aller « à l'école » de sa grande sœur. 

Et la première distribution de prix organisée par 
Marie pour les deux petites sera la dernière joie fami- 
liale de la pauvre maman. 

Ce jour-là, habillées de blanc, Céline et Thérèse 
reçoivent des mains de leur, papa et de leur maman 
livres et couronnes. 

Peu de temps après, le 28 août, M 1,u! Martin rentrait 
à la Maison du Père des deux. 



15 M. Martin prend dans ses bras sa « petite Reine », 
l’approche du lit : « Viens embrasser une dernière 
fois ta chère petite mère. » Et Thérèse se souviendra 
toute sa vie de ce baiser sur le front glacé de sa maman 
morte. 

Elle a quatre ans et demi. Heureusement il lui reste 
son papa et quatre sœurs. 

* Et tandis que Céline se jette dans les bras de Marie, 
l’aînée, en lui disant : « C’est toi qui seras maman! » 
Thérèse, n’écoutant que son bon cœur, pense que 
Pauline aura de la peine si elle n’a pas de petite fille. 
Aussi s’approche-t-elle de cette seconde sœur en 
déclarant : « Pour moi, c’est Pauline qui sera maman! » 



16 Et la vie se réorganise dans la maison endeuillée. 

Les grandes sœurs sont admirables d’affection et 
de dévouement. Mais M. Martin, durement touché 
par la mort de sa femme qu’il aimait tant, craint tout 
de même pour l’éducation totale de ses plus jeunes 
enfants. 

Son beau-frère, M. Guérin, habite Lisieux. C’est un 
homme de très bon conseil. Et M nu ‘ Guérin pourrait 
remplacer un peu la maman disparue trop tôt. 

On décide donc de quitter Alençon et de venir s’ins- 
taller à Lisieux. 







18 Thérèse va faire pendant de longues années des 
efforts très grands pour dominer cette sensibilité. 
Elle luttera fort contre cette facilité à pleurer qu’elle 
a depuis la mort de sa maman. Et ce n’est qu’à l'âge 
de quatorze ans qu’elle vaincra définitivement. 

En attendant, elle reste bien fidèle au Seigneur, 
et se laisse former avec docilité par Pauline. Cette 
admirable grande sœur, qui l’aimait du plus profond 
amour, continua l’œuvre de l’éducation si bien com- 
mencée par la maman. On ne passe rien à la petite, 
on ne la gâte pas comme on pourrait être tenté de 


19 Voici que Thérèse épelle maintenant seule le mot 
« cieux ». Vite, elle court le dire à son papa, qui 
est bien content. 

Souvent il promène sa petite Reine. Et les passants 
se retournent sur ce bel homme à l'air si digne, tenant 
par la main une si jolie fillette. Elle a de beaux cheveux 
blonds bouclés, avec un teint de lys et des yeux bleus 
très doux. 

Quelquefois, il l’emmène à la pêche. Et tandis que 
papa, immobile, se livre à son sport favori, Thérèse, 
assise dans les hautes herbes, contemple le ciel, l’eau, 
les fleurs. 


20 Elle aime tout, elle admire tout. Sa petite âme 
pure monte vers Celui qui a fait tout cela. Elle 
se sent le cœur plein de reconnaissance et d’amour 
pour le Bon Dieu. Et sa pensée dépasse bientôt la terre. 
« Je rêvais le Ciel! » écrit-elle plus tard en se rappelant 
ces moments de son enfance. 

A cinq ou six ans, Thérèse méditait et se servait 
de tout ce qu’elle voyait pour s’unir davantage au 
Seigneur. 

Mais cela ne i’empêchait pas d’aimer jouer, bien 
au contraire. Lorsqu’on visite les Buissonnets on voit 
encore les jouets de Thérèse petite fille. 


Kwf 






1 

tlEH 1 

p PFj 

H wê 

V JM 

mm 

| 


L A & ï 

p * Æ ra 

à m 

H SJ); 

■ r- 

g 


m ɣ 

( ^ y 







21 Une poupee couchee dans son lit, une corde a 
sauter, un panier à crevettes, un petit fourneau, etc,, 
des jouets comme nous en avons eu, vous et moi. 
Thérèse n'a pas une sainteté spéciale, avec une vie 
extraordinaire comme certains saints. 


22 Tout ce qui compte pour elle, c est de faire pl 
au Bon Dieu, Et îe soir, quand Pauline la b< 
dans son lit, elle lui pose une question inquiète : « E: 
que j’ai été gentille aujourd’hui? Est-ce que le Bon I 
est content de moi? » Elle ne s’endormira tranq 
que si elle obtient une réponse affirmative. 

Elle continue d’ailleurs à faire des petits sacrif 
Un jour, rentrant de promenade, elle se préc 
vers sa sœur : « Si tu savais comme j’ai soif! » Et 
line de suggérer : « Si Thérèse se privait de boire | 


Elle a vécu comme nous, du berceau à la tombe. 
Et c’est en faisant des choses très simples, des choses 
que tout le monde fait, qu’elle est devenue sainte. 
Seulement, c’est l’amour, la vaillance, la fidélité qu’elle 


23 Pauline pense que le sacrifice accepté est suffi- 
sant et elle revient avec une boisson. Thérèse 
se demande avec inquiétude si le pécheur sera sauvé; 
mais sa sœur la rassure en lui expliquant le mérite de 
l ‘obéissance. 


24 Quelq uefois, le soir, on se rend en famille chez 
les Guérin. Thérèse s’entend très bien avec sa 
cousine Marie. Et M. Guérin aime beaucoup la petite 
blondinette et la fait sauter sur ses genoux. 

Le retour jusqu’aux Buissonnets se fait dans le noir. 
Et Thérèse, la main dans la main de son papa, regarde 
le ciel, Soudain, elle découvre une constellation qui 
ressemble à un T (I), La voilà toute joyeuse : « Regarde, 
papa, mon nom est écrit dans le ciel ! » Elle trouve cela 
merveilleux et ne veut plus rien regarder d’autre, se 
laissant conduire jusqu’aux Buissonnets. 


Son cœur si bon se donne aussi aux pauvres qui 
viennent souvent à la porte des Buissonnets. Quelle 
joie pour elle de soulager leur détresse par un cadeau, 
mais plus encore de réchauffer leur cœur par son 
lumineux sourire. Dans la rue, elle n’en laisse jamais 
passer un seul sans lui venir en aide. 


(I) 1! s'agît de lâ constellation d'Orion, une des plus belles d 
ciel, que l’on peut admirer en France pendant l'hiver. 








25 A six ans, Thérèse fait sa première confession avec 
une simplicité et une confiance totales. 

C’est vers cette époque, aussi, qu’elle voit la mer 
pour la première fois, à Trouville. Elle en est très 
impressionnée. Et longuement, assise sur un rocher 
près de sa chère Pauline, elle contemple l’immensité. 

Elle se sent, sur la terre, comme une toute petite 
barque sur l’Océan. Mais elle sait déjà quel est Celui 
qui mène la barque, et elle a la certitude qu’elle arrivera 
un jour au port, dans ia lumière, malgré les vents et 
les tempêtes. 


26 Mais elle reste une petite fille joueuse qui s’inté- 
resse à tout. 

Ce jour-là, voici Léonie qui vient trouver ses deux 
petites soeurs. Dans une corbeille, elle a rassemblé 
tout ce qui fait le bonheur d’une fillette : bouts de 
chiffons, petits jeux, rubans. Et par-dessus le tout, elle 
a placé sa poupée. C’est que Léonie se sent devenue 
grande. Elle ne veut plus de ces amusements d’enfant. 

« Choisissez », dit-elle aux deux petites émerveil- 
lées. Céline cherche longuement, hésite, se décide 
finalement pour un beau peloton de ganse. 


27 C est le tour de Thérèse maintenant. 

Elle réfléchit un instant seulement. Puis, prenant des 
bras de Léonie la corbeille avec tout son contenu, y 
compris la poupée : « je choisis tout », dit-elle bra- 
vement. 

Elle nous explique elle-même plus tard ce mot éton- 
nant : « J’ai compris que chaque âme est libre de répondre 
aux avances de Notre Seigneur, de faire peu ou beaucoup 
pour son amour; en un mot de choisir entre les sacri- 
fices qu’il demande... Mon Dieu, je choisis tout; je 
ne veux pas être sainte à moitié. Cela ne me fait pas 
peur de souffrir pour vous. » 


28 Thérèse grandit dans la chaude atmosphère fami- 
liale qu’elle voudrait ne jamais quitter. Mais il va 
pourtant falloir aller dans une vraie classe maintenant. 
Elle a plus de huit ans, et Pauline ne peut continuer 
seule son instruction et son éducation. 

Céline déjà, après Léonie, va au pensionnat tenu 
par les Bénédictines. C'est donc là. que Thérèse ira 
aussi. 

La petite a le cœur bien gros. Très sensible depuis 
la mort de sa maman, elle souffre de n’être plus unique- 
ment en famille. Elle va avoir de nouvelles occasions 
de se vaincre et d’offrir des choses dures au Bon Dieu. 









31 Comme beaucoup de filles de son âge, Thérèse 
se met à aimer passionnément la lecture. Elle dit 
qu'elle « e.ût passé sa vie à lire ». La voyez-vous, un 
jour de congé, assise à l’ombre dans le jardin, un livre 
sur les genoux? Elle ne voit plus rien, n’entend plus 
rien. Nous connaissons cela. 

Pourtant, quand l’heure fixée par Pauline est arrivée, 
Thérèse s'arrête net, au moment le plus palpitant peut- 
être. Il lui faut comme un grand arrachement pour y 
parvenir. Mais jamais elle n’y manque, jamais elle ne 
S’accorde une seconde de plus. Quel sacrifice! Et quel 
exemple pour nous... 


32 Elle aime les récits chevaleresques, elle s’enthou- 
siasme pour Jeanne d’Arc et rêve de gloire en même 
temps que de sainteté. 

Elle est à l’âge où l’on s’attache aisément. Ainsi, 
d’une compagne, Thérèse fit bientôt une amie à laquelle 
elle voua beaucoup d’affection. Et voici que cette élève 
s’absenta plusieurs mois. Le cœur aimant de Thérèse 
l’attendit et se fit une fête de son retour. Hélas! cette 
compagne ne lui manifesta alors qu'indifférence. L’éloi- 
gnement avait eu raison de son amitié. 

Thérèse nous parle de sa souffrance : 


29 Car rapidement, et bien que la plus jeune de sa 
classe, elle va, par son travail, se classer en tête. 
Thérèse sera donc jalousée des moins bonnes, et elle 
en souffrira énormément. 

Bien souvent la pauvre enfant, pendant ces dures 
années de pensionnat, sera en butte aux petites méchan- 
cetés, aux persécutions que savent si bien inventer les 
médiocres. 

Thérèse pleurera souvent, souffrira beaucoup, mais 
jamais elle ne ripostera, jamais elle ne rendra le mal 
pour le mal. Elle se réfugie dans le silence. Elle se laisse 
accuser, calomnier. Elle se tait, offrant tout cela au 
Seigneur. 


30 Même à sa sœur Céline elle ne dit rien, pratiquant 
là, à neuf ans, un héroïsme véritable. Sa sœur l’aurait 
défendue, protégée... non, Thérèse pense qu’il est 
mieux de se taire. Et elle se tait jusqu’au bout. Qn ne 
saura cela que bien plus tard, lorsque, devenue carmélite, 
elle écrira l’histoire de sa vie par obéissance. 

Que Jésus devait être content devant la vaillance de 
cette petite écolière! 

Ces années de pensionnat furent donc des années 
pénibles pour Thérèse. Aussi quelle joie pour elle, après 
les heures de classe, de retrouver le cercle de la famille. 
Là, son cœur, comme resserré toute la journée, se 
dilatait à nouveau. 






36 En famille, pourtant, Thérèse perd cette gêne 
qu’elle ressent dès qu’elle franchit (a porte de 
l’école. Quelles bonnes parties elle fait avec Céline, 
et aussi avec sa cousine Marie Guérin! 


35 Pendant les récréations, Thérèse prenait plaisir a 
ramasser les petits oiseaux morts tombés du nid, 
et les enterrait dans un coin. 

Les bonnes religieuses du pensionnat n’ont pas pu 
se rendre compte du trésor qu'elles possédaient. Elles 
ne voyaient en Thérèse Martin qu’une élève très docile 
et très travailleuse, pas assez remuante en récréation 


Les deux petites inventent des jeux de leur goût. 
Elles se bâtissent une cabane... et les voilà devenues 
ermites au désert. Elles jouent au « solitaire »... même 
en pleine ville où, un jour, l’une dit à l’autre : « Conduis- 
moi, je vais fermer les yeux! » Mais chacune voulant 
être « solitaire », voilà nos filles tombant étourdiment 
sur l’étalage d’un épicier! 





37 Inutile de dire que, les yeux grands ouverts cette 
fois, elles se sauvent, poursuivies par les cris de 
mécontentement du brave commerçant. 

Ainsi grandit notre future sainte, entre les rires 
et les larmes, entre la joie familiale si pleine, où elle se 
trouve comme un poisson dans l’eau, et les heures grises 
du pensionnat où elle se trouve comme un oiseau dont 
on aurait rogné les ailes. 

Thérèse a maintenant près de dix ans. Le Bon Dieu 
va lui demander un gros sacrifice. 


Jo Pauline, sa « petite mere », va quitter le toit 
familial pour entrer au Carmel. Thérèse croit 
perdre une deuxième fois sa maman. 

La jeune fille, bouleversée par la souffrance de l’en- 
fant, lui explique longuement combien est profitable 
pour tous, malgré les apparences de séparation et 
« d’inutilité », cette austère vie des religieuses contem- 
platives qui ont choisi de renoncer à tout, même aux 
joies les plus légitimes du service des pauvres et des 
malades, pour être davantage sacrifiées à Dieu et à 
toute l’humanité. 

Thérèse s’apaise et se met à penser souvent, dans 
le fond de son cœur, aux paroles de Pauline. Un soir, 
elle voit clair, et comprend nettement que Jésus la 
veut, elle aussi, au Carmel, 


39 En attendant, le choc a été rude pour ce cœur si 
sensible. Le 2 octobre 1882, jour de l’entrée de 
Pauline au Carmel de Lisieux, est un jour bien doulou- 
reux pour la petite fille. 

Maintenant, elle ne verra plus « sa petite mère » 
qu’à travers les grilles du parloir. Elle ne pourra plus 
lui raconter longuement toutes ses petites affaires, car 
elle n’aura, pour elle seule, que quelques minutes après 
la visite familiale. 

Cette souffrance, elle la cache le plus possible pour 
en réserver l’offrande au Bon Dieu. Mais elle ne peut 
s’empêcher de penser : « Pauline est perdue pour 
moi. » 


40 Et sa pauvre tête n’en peut plus de ressasser tou- 
jours le même chagrin. Bientôt elle semble dépérir, 
et se met à souffrir de violents maux de tête. 

Les semaines passent, le mal s'aggrave. On la couche, 
on appelle le médecin qui ne voit pas bien de quel mal 
souffre l’enfant. Bientôt elle tombe dans une espèce 
d’abattement qui effraie sa famille. Elle reste des heures 
sans bouger, comme si elle était sans connaissance. Et 
pourtant elle voit et entend. Puis elle s’agite, se dresse 
sur son lit; il faut la recoucher de force. Certainement 
ses nerfs sont malades. 








4 ! On devine la peine de son papa, de ses sœurs, 
et surtout de Pauline dans son Carmel, ne pouvant 
soigner elle-même sa petite fille et se disant que c’était 
peut-être son entrée au couvent qui l’avait mise dans 
cet état. 

Le Bon Dieu demande parfois des choses bien dures 
à ceux qu’il a choisis pour L’aider à sauver le monde. 

Le pauvre M. Martin n’en pouvait plus de chagrin. 
Thérèse, sa petite Reine, le regardait fixement sans 
avoir l’air de le reconnaître, alors qu’ils s’aimaient 
tant tous les deux. 


42 Et voici la date de fa Prise d’Habit de Pauline. 

Thérèse semble aller mieux, et peut voir sa chère 
petite mère habillée en mariée pour ses fançailles 
avec Jésus. 

Mais le lendemain, le mal la reprend plus violent. 
Le cœur déchiré, sa famille pense qu'elle va mourir. 

M. Martin demande une neuvaine de prières à la 
basilique Notre-Dame des Victoires à Paris, et s’y unit 
avec toute sa foi, ainsi que ses filles. On est au mois 
de mai, le mois de la Maman du Ciel, 

Le 13, Thérèse appelle Marie. La grande sœur est 
là, près d’elle, mais l’enfant continue d’appeler. 


43 La pauvre Marie, ne contenant plus sa douleur, se 
jette à genoux devant la statue de la Sainte Vierge. 
Léonie et Céline s’unissent à elle. Et ce fut, Thérèse 
nous le dit plus tard, « un cri de foi qui força la porte 
du ciel ». 

Thérèse est tournée vers la statue. Et voici que 
celle-ci s’anime, devient vivante, et tellement belle que, 
écrit la sainte, « je ne trouverai jamais d’expression 
pour rendre cette beauté divine. Son visage respirait 
une douceur, une bonté, une tendresse ineffable; mais 
ce qui me pénétra jusqu’au fond de l’âme, ce fut son 
ravissant sourire... » 


44 La petite se sent calmée, des larmes jaillissent de 
ses yeux, mais ce sont « des larmes d’une joie 
céleste et sans mélange ». 

« La Sainte Vierge s’est avancée vers moi, elle m’a 
souri... » 

Thérèse est guérie. Elle reconnaît aussitôt Marie, 
qui sur le visage de l’enfant a lu la visite divine et le 
miracle. 

Heureuse Thérèse, d’avoir bénéfcié à dix ans du 
sourire de Notre-Dame. Ce sourire illuminera toute 
sa vie d’une lumière particulière. Demandons-lui de 
nous en obtenir une petite part. 








45 Oui, Thérèse est bien guérie. Plus aucune trace 
ne subsiste de ces étranges symptômes, de ces 
malaises qui ont tant effrayé les siens. 

Et dès qu'arrive l’été, son papa ne peut résister au 
désir de promener sa fille pour faire applaudir partout 
à cette guérison. 

Voilà toute la famille partie. On va d’abord à Alençon, 
où l’on retrouve les très chers souvenirs des premières 
années et de la maman tant aimée. 

Puis on visite des amis ici et là. C’est la vie heureuse. 
Thérèse est entourée, choyée partout. Cela lui semble 
bon après une si grosse secousse. 


46 Mais les vacances passent vite. Voici octobre et 
la rentrée au pensionnat, après une bien longue 
absence. Bientôt, Thérèse aura onze ans. Et bientôt 
aussi, en cette toute proche année 1884, elle fera sa 
première Communion. 

Depuis longtemps elle aspire à ce jour. Mais à cette 
époque, les enfants n’étaient pas admis à la communion 
dite « privée », Bientôt le saint Pape Pie X comprendra 
cette faim des enfants pour Jésus et de Jésus pour les 
enfants. Il permettra aux petits de communier dès 
qu’ils peuvent comprendre que Jésus est dans la blanche 
hostie. 


47 En attendant, Thérèse a eu beau prier, supplier, 
on n’a pas pu la laisser s’approcher de la sainte 
Table. 

Pourtant, elle a déjà eu un petit avant-goût en voyant 
Céline se préparer; mais cela a décuplé son désir. 

Maintenant, cela va être son tour. Le bon aumônier 
du pensionnat l’appelle « le petit docteur », tant elle a 
assimilé les leçons du catéchisme et donne des réponses 
satisfaisantes. 

Marie,, chaque soir, complète la préparation commen- 
cée au pensionnat. Et Thérèse réfléchit longuement sur 
tout ce qu’on lui enseigne. 


48 Surtout, elle prie, sachant bien que Dieu seul peut 
mettre en son âme les sentiments qu'l! désire y 

voir. 

Il n’y a pas de chapelle aux Buissonnets. Qu’à cela 
ne tienne. Thérèse va se recueillir derrière les rideaux 
de son lit. Elle « pense », comme elle dit. Et quand on 
lui demande : « Mais à quoi penses-tu? » elle répond : 
« Au Bon Dieu... à l’éternité. » Et elle se tait. 

Comme sa sœur Pauline au Carmel, Thérèse, sans 
le savoir, fait — à la mesure de son âge d’enfant — une 
vraie oraison, c’est-à-dire une union très profonde de 
tout son être avec le Seigneur. 






1 £ CE 




Spf(2t« 






Kl | p 

m 

Éi 

yvafll Æ 

i 

«■Pljjiij 

'■'Wmf f Jflj 


w | 








49 Sa Carmélite! Elle participe aussi, bien sûr, à la 
préparation de sa petite fille. Elle invente pour elle 
une méthode qui consiste à rassembler, en un bouquet 
qui servira de berceau à Jésus-Hostie dans le cœur de 
Thérèse, des fleurs spirituelles : violettes d’humilité, 
pâquerettes de simplicité, roses d’amour, etc., avec 
des invocations comme celle-ci : « Mon petit Jésus, 
donnez-moi votre humilité. » 

Pendant les neuf jours qui précèdent la première 
Communion, les seules fleurs à cueillir, d’après Pauline, 
seront des lis, représentant la pureté qu’il faut garder 
en soi pour la venue de Jésus. 


50 Enfin, voici le 8 mai. Par une délicatesse provi- 
dentielle, ce jour est aussi celui de la Profession 
religieuse de Pauline. 

Thérèse est restée pensionnaire depuis l’ouverture 
de la retraite. Elle se lève donc joyeuse dans le grand 
dortoir. Et la voici vêtue, comme ses compagnes, de la 
blanche mousseline des communiantes. 

Lorsque, carmélite, elle écrit, à la demande de sa 
Mère Prieure, ses souvenirs de ce beau jour, elle dit : 
« Ah! qu’il fut doux, le premier baiser de Jésus à mon 
âme! Je me sentais aimée, et je disais : je vous aime, 
je me donne à vous pour toujours, » 



51 Et on sent bien qu’elle ne peut ni ne veut exprimer 
tout ce dont son âme était si pleine qu’elle en 
déborda bientôt en larmes silencieuses. 

La journée tout entière passa dans cette joie intime 
et merveilleuse. On alla voir Pauline, qui venait de se 
consacrer officiellement à Jésus. Petite mère et petite 
fille mêlèrent leur joie et leur reconnaissance envers 
Dieu. 

Thérèse reçut des cadeaux et participa au dîner 
de famille, très soigné. Elle se montrait contente, 
gentille avec tous, mais on sentait que rien ne pouvait 
lui faire perdre son recueillement. 



52 Pour elle, la première Communion, c’était seule- 
ment Jésus se donnant à son ,âme. Tout le reste, 
robe blanche, repas, cadeaux, c’était bien agréable 
certes, mais sans aucune espèce de point commun avec 
la grande réalité. 

Thérèse, modèle des premiers communiants, obtenez 
à tous vos petits frères et à toutes vos petites sœurs 
de la terre, de comprendre comme vous ce qui fait de 
ce jour le plus merveilleux de la vie, et de le passer dans 
le recueillement et l’union à ce Jésus-Hostie venu habiter 
leur âme pour la première fois. 






53 Thérèse avait écrit, sur son petit carnet de retraite, 
trois lignes toutes simples qui constituaient ses 
résolutions : 

«Je ne me découragerai jamais. 

Je dirai tous les jours un Souvenez-vous. 

J’essaierai d’humilier mon orgueil. » 

Vous le voyez, elle n’avait pas une piété « dans les 
nuages ». Et si jeune, elle avait déjà compris ce qui fait, 
en somme, l’essentiel d’une vie chrétienne : ne jamais 
perdre confiance — Dieu est si bon — , lutter contre 
l’orgueil, se mettre sous la protection de Notre-Dame 
en la priant tous les jours. 


54 Maintenant, Thérèse a hâte d’être confirmée pour 
recevoir une venue plus abondante de la troisième 
Personne de la Sainte Trinité entrée en elle à son 
baptême, le Saint-Esprit. 

Elle s’y prépare par une nouvelle retraite au cours 
de laquelle elle réfléchit longuement sur les dons divers 
qui caractérisent la venue du Saint Esprit. Son âme est 
si ouverte à ces grandes vérités que Céline en est tout 
émue et qu’elle déclarera, vingt ans après, se souvenir 
encore de l’impression surnaturelle qu’elle ressentit 
en écoutant sa petite sœur. 


55 C’ est à cette époque que Thérèse comprit la grande 
valeur de la souffrance. Elle a écrit elle-même de 
sa Confirmation : « Je reçus en ce jour la force de 
souffrir. » 

Cela va être maintenant le signe distinctif de sa 
vie. Sa nature généreuse souffre de n’être pas assez 
fidèle à la grâce. Son cœur souffre de ces mille pointes 
d'épingles si douloureuses à la longue. Elle craint sans 
cesse de peiner le Bon Dieu, à tel point que cela devient 
pour elle comme une torture. Mais elle a appris depuis 
longtemps à faire le silence sur tout cela. 


56 Cette enfant au cœur de feu dans lequel grondent 
des tempêtes, apparaît toujours comme une fille 
calme et souriante à qui tout semble facile. 

C’est là le côté admirable de sainte Thérèse : un 
si grand amour pour Dieu, une telle habitude de se 
dominer que sa vaillance si grande ne paraîtra guère 
à ceux qui s'arrêtent aux apparences. Même au Carmel, 
plus tard, bien des religieuses ne s’apercevront pas de 
la sainteté héroïque de la petite Sœur Thérèse. 

En attendant, sa santé semble à nouveau compromise. 










57 Elle a treize ans. Le premier trimestre scolaire 
est si dur que M. Martin, inquiet de nouveau, la 
retire du pensionnat à Noël. Elle continuera de s’ins- 
truire à la maison en prenant des leçons particulières. 
Ce sera moins pénible pour son organisme fatigué. 

Thérèse a toujours été une belle petite fille. Et 
maintenant elle devient réellement jolie. Elle avait une 
démarche pleine à la fois de grâce et de dignité. Tout 
son corps se développait harmonieusement. Les traits 
de son visage étaient fins. Elle avait les yeux d’un bleu- 
gris très doux. 


58 M ais surtout, ses magnifiques cheveux bouclés, 
d'un blond doré, encadraient très agréablement 
son visage et attiraient les regards. 

Thérèse est à l’âge où l’on saisit facilement les 
remarques des passants. Elle constate qu’elle prend 
plaisir à se voir admirée... et s’en inquiète. 

Heureusement, c'est le moment où elle sollicite 
son admission parmi les Enfants de Marie. Et la Sainte 
Vierge garde son enfant très aimée du démon de 
l’orgueil. 

C’est au pensionnat qu’elle prépare cette consécration 
à Notre-Dame. 


59 Et c’est pour notre adolescente timide une nouvelle 
souffrance que de retourner là deux fois par semaine, 
toujours gênée avec ses compagnes, toujours solitaire 
dans son cceur. 

Décidément, le Seigneur a pris son enfant au sérieux 
quand elle Lui a dit après l’une de ses premières 
communions : « O Jésus, douceur ineffable, changez 
pour moi en amertume toutes les consolations de la 
terre. » 

Voilà maintenant Marie, sa grande sœur et marraine, 
qui parle de rejoindre Pauline au Carmel. Thérèse n’en 
fera pas une maladie cette fois. La force qu’elle a deman- 
dée est en elle. 


60 Mais elle comprendra pourtant qu’il n’y a plus 
grand-chose à attendre pour elle du côté de la 
terre. 

De plus en plus, elle pense au Carmel. Elle est per- 
suadée que c’est là que Jésus la veut. Elle a déjà choisi 
son nom : elle voudrait s’appeler Thérèse de l’Enfant- 
Jésus, Elle ne l’a pas dit. Mais par une délicatesse de la 
Providence, voilà que la Mère Prieure lui déclare à l’une 
de ses visites au parloir : « Quand vous viendrez avec 
nous, vous vous appellerez Thérèse de l’Enfant-Jésus. » 
Quelle joie! 





HP 


. s 

■ 


U ' 







61 Nous sommes à Noël 1886. Dans quelques jours, 
Thérèse aura quatorze ans. Et c’est à ce moment 
que le Bon Dieu, faisant cesser soudain l'excès de 
sensibilité dont elle souffre depuis l’âge de cinq ans, 
la rendit « forte et courageuse ». 

« Depuis, dit-elle, je marchai de victoire en victoire, 
commençant pour ainsi dire une course de géant... 
La charité entra dans mon cœur avec le besoin de 
m’oublier toujours, et depuis lors je fus heureuse... » 
La charité y était déjà, certes, dans le cœur de notre 
chère petite Sainte. 



63 Toute renouvelée par cette grâce, Thérèse pense 
maintenant à réaliser son grand désir : entrer au 
Carmel. 

Elle n’a que quatorze ans, mais elle est absolument 
sûre de l’appel de Dieu. 

Un moment, elle a pensé devenir Tnissionnaire. Elle 
porte en elle, depuis toujours, un tel désir de sauver 
les âmes. « Mais, nous dit Céline, elle estimait qu’il est 
plus dur pour la nature de travailler sans voir jamais le 
fruit de ses labeurs, sans encouragements, sans dis- 
tractions d’aucune sorte, que le travail pénible entre 
tous est celui qu’on entreprend sur soi-même pour 
arriver à se vaincre... » 



62 Mais ce dont Jésus la délivra en guise de cadeau 
de ce Noël, ce fut de ses craintes, de ses hésitations 
et aussi de cette facilité à pleurer, dont elle avait tant 
souffert sans pouvoir se corriger. 

C’est vraiment une grande grâce qu’elle reçut cette 
nuit-là. 

Grâce qui rejaillit d’ailleurs sur tous les siens, heureux 
de la voir moins repliée, moins craintive, ayant retrouvé 
la vivacité de sa petite enfance, et plus aimante encore 
que dans ces années d’épreuve, où l’on ne pouvait 
d’ailleurs rien lui reprocher. 



64 Elle voit bien clair, notre petite Sainte! Et c’est 
pour cela, parce que c’est le plus dur, et donc 
« le plus lucratif pour le salut des âmes », qu’elle reste 
décidée pour le Carmel. 

Mais une fois bien sûre de cela, elle ne voit pas de 
raison d’attendre. 

Elle pense qu’on n’est jamais trop jeune pour se 
donner au Bon Dieu. 

Toutefois, la pensée du chagrin qu’elle va causer 
à son cher papa l’inquiète un peu. Déjà, il a donné ses 
deux aînées. Et puis, sa santé est ébranlée par une 
atteinte de paralysie. 




65 Thérèse laisse passer encore quelques mois. Et 
voici la Pentecôte 1887. Elle a donc quatorze ans 
et demi. Elle ne peut plus différer. « M’eût-il fallu 
traverser des flammes, je m’y serais élancée pour 
répondre à Notre-Seigneur. » 

Elle a redoublé de ferveur envers Notre-Dame 
pendant ce mois de mai. Et maintenant, la voilà qui 
s’approche, pleine de la force du Saint-Esprit, de son 
papa assis dans le jardin. 

Il regarde, souriant, venir à lui sa grande fille qu’il 
aime tant. Elle s’assied près de lui sans rien dire. 


66 M. Martin voit des larmes dans les yeux de Thérèse. 

« Il me regarda avec une tendresse indéfinissable, 
appuya ma tête sur son cœur, et me dit : qu’as-tu, ma 
petite Reine? Confie-moi cela. Puis, se levant, comme 
pour dissimuler sa propre émotion, il marcha lentement, 
me pressant toujours sur son cœur. » 


On devine combien Thérèse était émue. A mots brefs, 
elle demande à son père de lui permettre d’entrer au 
Carmel pour le Noël suivant, c’est-à-dire avant même 
d’avoir quinze ans. 


67 Pauvre M. Martin! Il se doutait bien que Thé- 
rèse partirait aussi un jour, mais il n’avait pas 
pensé que ce pourrait être si tôt. Au contraire, il avait 
rêvé de la garder longtemps auprès de lui. 

« Il pleura », nous dit Thérèse, « mais il ne me dit rien 
qui pût me détourner de ma vocation. » 

Il parla simplement de la trop grande jeunesse de 
sa fille. Mais celle-ci plaida sa cause avec tant d’ardeur 
que le cher homme se laissa bientôt convaincre. 

De tout son cœur de chrétien, il fit à Dieu le plus 
grand sacrifice qu’il pouvait lui faire, en lui donnant 
sa préférée, sa petite Thérèse. 


68 Et le voilà qui cueille une petite fleur blanche, 
une simple fleur de l’herbe, et la tend à sa fiMe. 
Thérèse gardera toute sa vie, collée sur une image de 
Notre-Dame des Victoires, l’humble fleur des champs 
offerte ce jour-là par son papa. 


Elle en a compris le symbole. La petite fleur blanche, 
c’est elle-même, qui doit rester simple, pure et fidèle. 
Et quand on lui demandera, plus tard, d’écrire sa vie, 
elle donnera à son cahier ce titre : « Histoire printa- 
nière d’une petite fleur blanche. » 





69 II fallait maintenant obtenir le consentement du 
bon oncle M. Guérin, sans lequel on ne faisait rien 
d’important dans la famille Martin. 

Ce fut une autre affaire. Il résista d’abord, et très 
fermement, disant que c’est une folie — et cela en 
paraissait une évidemment! — et qu’il ne cédera pas. 
Il faut donc un miracle. 

Thérèse prie et souffre pendant trois jours. Elle 
retourne ensuite chez son oncle. I! est tout changé, 
il dit qu’il a eu un signe de Dieu et qu'il consent de 
grand cœur. Le miracle a été accompli. 


70 Du côté de la famille donc, tout va bien. Très 
gentiment, Céline qui songe aussi au cloître et qui 
est plus âgée que Thérèse, lui cède sa place pour rester 
avec M. Martin. 

Au Carmel, c’est autre chose! La Révérende Mère 
Marie de Gonzague serait d’accord, mais c’est le Supé- 
rieur qui ne veut pas entendre parler de l’entrée de 
Thérèse à quinze ans. Qu’elle attende vingt et un ans! 
Et malgré toutes les raisons et explications, il reste 
intraitable, et renvoie M. Martin et sa fille à l’Évêque 
si le cœur leur en dit. 


71 M. Martin, désolé du chagrin de Thérèse, lui 
propose de la conduire lui-même à Bayeux où se 
trouve l’évêché. 

On dut attendre un peu avant de pouvoir faire cette 
visite. Et la saison s’avançait. Un nouvel été avait passé 
sur les Buissonnets et la douce campagne normande. 

Thérèse avait, dans son cœur, fait ses adieux à cette 
nature qu’elle aimait tant. Elle était décidée à ne pas 
voir fleurir le printemps dans sa chère maison et son 
jardin familial. 


72 Le 3 I octobre enfin, on se rend à Bayeux. Thérèse 
est bien un peu craintive de cette démarche. Elle 
s’est vêtue « en jeune fille » et a même relevé ses lourds 
cheveux blonds pour essayer de paraître moins jeune. 

On lui fait exposer sa demande elle-même. Quel 
émoi ! II y a là Monseigneur, et aussi son Vicaire général. 
Et on la fait asseoir dans un fauteuil profond où elle 
disparaît presque; ce qui n’est pas pour la mettre 
à l’aise! 

Pourtant, courageusement, elle parle, expliquant son 
attrait pour le Carmel. 










73 Monseigneur lui demande avec bonté s'il y a long- 
temps qu’elle veut entrer au Carmel : 

— Oh oui! Monseigneur, bien longtemps! 

Ce qui fait rire M. le Vicaire général : 

— Voyons, il ne peut pas y avoir quinze ans de cela! 
Mais Thérèse ne rit pas, et c’est gravement qu’elle 

répond ; 

— C’est vrai, mais il n’y a pas beaucoup d’années 
à retrancher; car j’ai désiré me donner au Bon Dieu 
dès l’âge de trois ans. 

L’Ëvêque n’est pas convaincu. Alors M. Martin prend 
la parole. 

Et c’est pour appuyer la demande de sa fille. 


74 Cette intervention paternelle, si genereuse, émut 
Monseigneur et son Vicaire général. Mais tout de 
même l’Évêque ne put se décider et déclara qu’il devait 
en parler avec le Supérieur du Carmel. 

Du coup, Thérèse qui savait ce que pensait ce Supé- 
rieur, fondit en larmes. 

Monseigneur la consola de son mieux, mais sans rien 
accorder de plus. 

C’est vrai qu’il était difficile pour lui de comprendre 
ainsi tout de suite devant quelle petite sainte il se 


75 M. Martin, poussant jusqu’au bout l’héroïsme du 
sacrifice, lui annonça qu’il avait l’intention d’em- 
mener Thérèse au prochain pèlerinage du diocèse à 
Rome, et de solliciter du Saint-Père lui-même l’autori- 
sation si ardemment désirée. 

On se demande ce qu’il faut admirer le plus, de la 
ténacité de cette enfant qui sait ce qu’elle veut et le 
veut totalement, ou de la générosité si admirable de 
son cher papa qui, ayant compris sa vocation, l’aide de 
toutes ses forces à la réaliser. 

On va donc préparer ce grand voyage de Rome. 


76 Mais Thérèse, pendant ces longs mois de refus et 
de délai, ne perd pas son temps. Sa prière devient 
chaque jour plus profonde, plus contemplative. 

Et, bien sûr, sa charité grandit en proportion de son 
union avec le Seigneur. 

Un jour qu’elle fermait son missel après la messe, 
une image de Jésus en croix en glissa un peu, lui laissant 
voir seulement une des mains percées du Sauveur. 
Elle comprend que cette main demande son amour : 
« Je résolus, dit-elle, de me tenir continuellement au 
pied de la croix, pour recueillir ce sang divin et le 
répandre sur les âmes. » 

La soif des âmes la possède déjà à un très haut degré. 









77 Et son amour va chercher au loin par la pensée 
les pécheurs les plus misérables. Elle ne doute de 
rien, et parce qu’elle a confiance et qu'elle n’a pas peur 
de souffrir pour les âmes, Dieu lui permettra d’en sauver 
beaucoup. 

Elle a justement entendu parler, à cette époque, 
d’un célèbre bandit dont tous les journaux racontent 
les crimes. Pranzini, c’est son nom, a été enfin arrêté. 
Il est jugé et condamné à mort. Il ne manifeste d’ailleurs 
pas l’ombre d'un regret et repousse durement l’aumô- 
nier de la prison qui voudrait l’aider à bien mourir. 


78 Thérèse, dans sa foi intrépide, décide de sauver 
Pranzini de la mort éternelle. 

Elle redouble de prières et de sacrifices. Elle cherche 
toutes les occasions de se vaincre. Surtout, elle offre 
les mérites de Notre-Seîgneur et des saints pour donner 
quelque valeur aux siens. 

Et maintenant que le jour de l’exécution approche, 
une certitude s’établit en elle : oui, elle sait, elle est 
sûre que Pranzini aura à la dernière minute une bonne 
pensée qui lui évitera l’enfer. Elle sait bien que cela 
peut arriver sans que personne n’y voie rien, tout à 
fait à l’intérieur de l’âme du malheureux. 


80 Voici donc arrivé le jour de l’exécution de Pranzini. 

Il sort de la prison, tout pâle. La guillotine est 
dressée là, à quelques pas. L’aumônier essaye encore de 
s’approcher; il le repousse. Il s’avance vers la machine. 
On le pousse vers la bascule qui lui mettra la tête sous 
le couteau. Mais qu’a-t-il soudain? Le voilà qui se 
tourne vers l’aumônier. Il lui demande d'approcher le 
crucifix de ses lèvres afin qu’il puisse l’embrasser, ce 
qu’il fait trois fois de suite. 

Thérèse est bien émue en lisant cela le lendemain 
dans le journal. Le Seigneur a exaucé sa prière. 


79 Mais tout de même, elle aimerait mieux en avoir 
un signe visible. Alors, pleine de confiance en la 
bonté paternelle du Seigneur, elle lui fait cette prière : 
« Mon Dieu, je suis bien sûre que vous pardonnerez 
au malheureux Pranzini, je le croirais même s'il ne se 
confessait pas et ne donnait aucune marque de contri- 
tion, tant j’ai confiance en votre infinie miséricorde. 
Mais c’est mon premier pécheur; à cause de cela, je 
vous demande seulement un signe de repentir, pour ma 
simple consolation. » 

Une telle simplicité dut toucher très fort le Cœur 
de Dieu. 








■mu 




^ | 


fil 



F 



m •/: t" 

r 




H»'* 

ïff; f 




Ce? fiw 


i 

F 7 Jxi 
ty \ il 


^ m 

«r J WJ 

nk'llji l ni 

l 


| § 
as 


P 





IV 






il /mmvP. 



& 









83 Et maintenant, en voiture pour Rome, à travers 
les splendides paysages de France et de Suisse. 
Thérèse est en admiration devant les montagnes, les 
lacs, toutes les splendeurs de ces régions si belles. Elle 
n’avait jamais vu que les collines de sa Normandie. 

De son âme monte sans cesse un cri de joie, d’amour 
et de reconnaissance vers le Dieu si bon qui a créé tout 
cela pour le plaisir de nos yeux. 

Tout lui sert pour se rapprocher du Seigneur et s’unir 
à Lui. Elle se remplit de beauté, en attendant de renoncer 
à tout cela de bon cœur pour mieux prouver son amour. 


84 En Italie d’autres merveilles l’attendent. Car le 
bon papa qu’est M. Martin n’a pas fait les choses 
à moitié. On visite Milan et sa magnifique cathédrale. 

Puis voilà Venise, ses canaux et ses gondoles. Bologne 
avec ses grandes Écoles. Lorette où l’on vénère une 
maison qui d’après la tradition serait celle de la Sainte 
Famille à Nazareth. 

Maintenant, on traverse cette belle province de 
l’Ombrie, où saint François promena sa sainteté et ses 
chants. 


81 Le malheureux ne sera pas damné, puisqu’il a eu 
ce geste de repentir. Et elle, la chère petite, elle 
a obtenu aussi le signe visible qu’elle demandait. 

Si nous avions seulement un peu de la foi et de la 
confiance de Thérèse — et aussi de sa vaillance et de 
son amour généreux pour Jésus et les âmes, que n’obtien- 
d rions-nous pas? 

Le Bon Dieu est là, tout prêt à accorder ses grâces 
à ceux qui les désirent vraiment — et qui n’ont pas peur 
de se donner du mal pour les mériter. 


82 Aux Buîssonnets on s’affaire, on remplit des 
valises, on s’agite joyeusement. Le jour du départ 
pour le grand voyage est enfin arrivé. M. Martin emmène 
ses deux dernières, Céline et Thérèse. Et celle-ci 
compte bien rapporter l’autorisation désirée. 

C’est le 4 novembre que nos voyageurs quittent 
Lisieux pour rejoindre d’abord Paris. 

Les deux sœurs s’émerveillent de toutes les beautés 
qu’elles voient. Elles visitent les principaux monuments. 
Et à Notre-Dame des Victoires, la Sainte Vierge se 
fait particulièrement douce à Thérèse qui en gardera 
un souvenir bien ému. 







85 Enfin, voici Rome, la ville éternelle où bat le cœur 
de la chrétienté. Rome que les apôtres et tant de 
martyrs ont arrosée de leur sang. Rome où vit celui 
qu'on appelle le Vicaire de Jésus-Christ, successeur direct 
de saint Pierre, notre Saint-Père le Pape. 

On peut supposer ce que la visite de Rome représenta 
pour Thérèse. Elle aime surtout les catacombes, le 
Colisée où elle réussit à descendre jusqu’à l’endroit 
exact où on lui dit que combattaient les martyrs. Elle 
baise cette place et demande « la grâce d’être aussi 
martyre pour Jésus », sentant d’ailleurs que cette prière 
était exaucée aussitôt que formulée. 


86 Elle se montra intéressée aussi par tous les souvenirs 
de l’histoire ancienne qu’on trouve à Rome. 

Mais surtout, elle attendait l’audience du Pape. 
C’est pour cela qu’elle était venue. Et elle espérait tant 
réussir. En attendant cette audience, elle a déjà assisté 
à la messe du Saint-Père. Et en le voyant célébrer le 
Saint Sacrifice comme tout prêtre, en voyant le visage 
de Léon XIII — le pape d’alors — empreint en même 
temps d’une si grande majesté et d’une si grande bonté, 
elle sent s’affermir son courage. Allons, pense-t-elle, 
ce ne sera pas trop difficile de lui parler quand je serai 
devant lui. 



87 Tout de même, au moment de l’audience, elle se 
sent assez impressionnée. Le Pape est là, tout blanc, 
sur un trône élevé. Autour de lui, les gardes, les cardi- 
naux, les prélats constituent un décor aux vives couleurs. 
Elle se demande si elle osera parler. 

Et voilà qu’à ce moment précis, le Vicaire général 
de Bayeux qui présente les pèlerins, leur dit tout haut 
qu’il est défendu dç parler au Saint-Père. 

Thérèse est un moment décontenancée. Ne pas parler 
au Pape? Mais elle est venue de Lisieux pour cela! Elle 
se tourne vers Céline... : « Parle, lui dit sa sœur. » 


88 Voici son tour, elle est à genoux aux pieds de 
Léon XIII qui lui tend sa main à baiser. Et on l’entend 
dire : « Très Saint-Père, j’ai une grande grâce à vous 
demander... » Le Pape est surpris. Il se baisse très fort 
vers cette jeune fille blonde qui paraît si jeune malgré 
sa robe et sa mantille noires. « Son visage toucha presque 
le mien, dit Thérèse; on eût dit que ses yeux noirs 
et profonds voulaient me pénétrer jusqu’à l’intime de 
l’âme. » 

« Très Saint-Père, en l’honneur de votre Jubilé, 
permettez-moi d’entrer au Carmel à quinze ans. » 


Tant pis, elle parlera malgré la défense. 


Thérèse a dit cela tout d’une traite. 








89 Mais voici que le Vicaire général intervient. Il 
n’est pas content que Thérèse ait désobéi ; 

« Très Saint-Père, dit-il à son tour, c’est une enfant 
qui désire la vie du Carmel, mais les Supérieurs exa- 
minent la question en ce moment. » 

Le Pape répond alors :« Eh bien! mon enfant, faites 
ce que les Supérieurs décideront. » 

Thérèse est tenace, nous le savons déjà. Dans un 
geste de filiale audace, elle pose ses mains jointes sur 
les genoux du Pape : « O Très Saint-Père, prononce- 
t-elle en levant ses beaux yeux sur Léon XIII, si vous 
disiez oui, tout le monde voudrait bien. » 


90 Le Saint-Père est visiblement ému : 

« Allons.., allons... répond-il en appuyant sur chaque 
syllabe, vous entrerez si le Bon Dieu le veut. » 

Thérèse veut encore parler. Mais la scène a déjà 
trop duré au goût de M. ie Vicaire général. Deux gardes- 
nobles saisissent Thérèse, qui semble ne pouvoir détacher 
ses mains des genoux du Pape. Celui-ci pose avec bonté 
sa main sur les lèvres de Thérèse et la suit des yeux 
longuement tandis qu’on l’entraîne. 

Sans doute le saint Pontife a-t-il l’intuition de ce 
qu’est cette enfant. 


91 Pour Thérèse en tout cas, c’est la grande décep- 
tion. En larmes, elle quitte le Vatican. Le ciel semble 
vouloir s’associer à son chagrin, car il pleut à torrents. 

Elle accepte, certes, la volonté du Bon Dieu qui vient 
de se manifester, La paix est dans son cœur; mais cela 
n’empêche pas la souffrance. Ainsi, elle ne pourra pas se 
donner tout entière à Jésus pour Noël. 

Tout lui semble moins beau, avec ce chagrin qu’elle 
porte. Elle admire pourtant Naples et la mer si bleue. 
Et l’on remonte vers le Nord. Voici Assise, la ville si 
aimée des pèlerins. 


92 Et b ientôt c’est Pise, Gênes et de nouveau la 
France. On est le 2 décembre à Paris. C’est fini, 
le beau voyage est terminé. 

Ayant vu la joie de ses filles, M. Martin pense déjà 
à les emmener plus loin, à Jérusalem peut-être... 

Mais Thérèse, elle, ne pense qu'à son Carmel. 
Sur le conseil de la Mère Prieure, elle écrit à l’Évêque, 
Noël arrive sans lui apporter aucune réponse. Les 
quinze ans vont bientôt sonner, puisqu’elle est née le 
2 janvier... 

Et le matin du premier de l'An, en ce jour de cadeaux, 
elle reçoit celui qui pouvait lui faire le plus de plaisir: 







95 Voici les bosquets où elle jouait avec sa cousine 
Marie Guérin, la buanderie contre le mur de laquelle 
on dressait les autels en miniature. Voici ses jouets, 
son pupitre, sa chambre et son lit. 

Toutes ces choses très chères qui sont comme autant 
de morceaux d’elle-même, elle leur dit adieu pour 
toujours. Et en même temps que la joie de répondre à 
l’appel du Seigneur, elle ressent l’arrachement du 
renoncement à tout. 

Mais voici le plus dur : son père chéri, d'une santé 
bien chancelante, qu’il faut quitter, .sa sœur Céline 
tant aimée, et tous les autres. 


96 Notre Seigneur a bien dit que, pour Le suivre, il 
fallait renoncer même aux plus chères et légitimes 
affections. Et Thérèse sent son cœur se briser quand 
elle en est là. 

Le soir du dimanche 8 avril, on dîne une dernière 
fois en famille, avec les Guérin. Mais les cœurs sont 
serrés, on le comprend! Thérèse, si affectueuse, qui 
dira un jour : « Je ne comprends pas les saints qui 
n’aiment pas leur famille », a bien du mal à faire un 
tant soit peu honneur au repas. La soirée ne se prolongea 
guère et chacun regagna sa chambre le cœur gros. 


93 La Mère Prieure lui fait parvenir un petit mot 
lui annonçant que Monseigneur a envoyé une lettre 
autorisant l’entrée immédiate. 

Oh oui! quel beau Jour de l’An pour Thérèse. Elle 
se voit déjà au Carmel... Et pourtant il faut encore 
attendre. Car on pense qu’il est préférable, à cause du 
jeûne de cette période, de remettre l’entrée après le 
Carême. 

Thérèse ne veut rien perdre de ce nouveau délai, 
et fait de ces derniers mois un chef-d’œuvre d'amour 
et de renoncement. 


94 Elle s’a| plique à se dominer dans toutes les circons- 
tances, à se briser de plus en plus dans les petites 
choses sans que cela se voie. « Par la pratique de ces 
riens, écrit-elle, je me préparais à devenir la fiancée de 
Jésus, et je ne puis dire combien cette attente me fit 
grandir dans l’abandon, l’humilité et les autres vertus. » 

Enfin, le jour de l’entrée de Thérèse Martin au Carmel 
de Lisieux est fixé au 9 avril 1888. Avant de quitter 
pour toujours sa chère maison des Buissonnets, Thérèse 
s’emplit les yeux de tout ce qu’elle a tant aimé. L’herbe 
est d’un beau vert tendre en ce début de printemps. 
Les oiseaux gazouillent joyeusement. Les premières 
fleurs semblent lui tendre les bras. 





97 Voici le matin. De bonne heure Thérèse est prête. 

Ainsi, ce jour est arrivé. Elle va donc entrer au 
Carmel! Toute la famille l’y accompagne. On commence 
par y participer à la sainte Messe. Et le même Jésus qui 
descend dans tous ces coeurs aimants sous les appa- 
rences de la petite Hostie, va leur donner la force pour 
l’ultime sacrifice. 

La porte de la clôture s’ouvre. On aperçoit, sur deux 
rangs, toutes les Carmélites, voile baissé, qui viennent 
chercher leur nouvelle petite sœur. 

Thérèse embrasse tour à tour les membres de sa 
famille. 



98 Devant son papa chéri, elle s’agenouille pour 
qu il la bénisse. Mais lui, dans un geste qui symbo- 
lisait inconsciemment tous les hommages que recevra 
plus tard sa « petite Reine », s'agenouille lui-même 
pour bénir son enfant de quinze ans avant de la donner 
au Bon Dieu. 

Thérèse s’est relevée. Elle franchit courageusement 
le seuil. Elle entend le bruit de la porte qui se referme 
et des clefs qui tournent dans les serrures. Pour les 
religieuses qui la regardent, elle apparaît comme une 
enfant, dans sa robe d’un bleu doux, ses longues boucles 
blondes sur son dos. 



99 Mais elle, la vaillante fille, elle est paisible et 
décidée. Sa volonté est fermement arrêtée. Elle 
pense en entrant dans sa cellule : « Maintenant, je suis 
ici pour toujours. » 

Elle sait qu’elle ne laissera jamais le regret s’installer 
en elle. Jamais elle ne reprendra ce don total d’elle- 
même qu’elle fait au Seigneur. Il peut maintenant faire 
d’elle tout ce qu’il voudra, la mener par tous les che- 
mins qu’il désirera, elle est prête à Le suivre pendant 
toute sa vie. 


100 Pour commencer, l’humiliation ne lui sera pas 
épargnée. En effet, le Supérieur, mécontent de 
l’autorisation de Monseigneur, prononce quelques 
paroles désobligeantes et rejette d'avance la respon- 
sabilité sur la Mère Prieure si « cette enfant de quinze 
ans », dont on a voulu absolument l’entrée, « trompe 
les espérances qu'on a sur elle ». 

Pauvre Thérèse, quand on a déjà tant de chagrin 
de quitter sa famille, c’est dur d’être reçue comme cela! 
Aussi dira-t-elle plus tard : « Mes premiers pas ont 
rencontré plus d’épines que de roses. » 





102 Malgré un peu de parti pris — bien excusable! — 
de la part de certaines, Thérèse impose le respect. 
On reste impressionné par son air « profond et résolu ». 
Sa maîtresse des novices dira plus tard que sa tenue, 
au jour de son entrée au Carmel, était empreinte « de 
majesté ». 

Non, ce n’était pas un engouement de jeunesse qui 
amenait Thérèse au Carmel. Sa résolution avait été 
longuement examinée, mûrie et fortifiée dans le silence 
de la prière. Elle répondait à un appel entendu depuis 
bien longtemps. Elle réalisait sa vocation. 


101 Enfin, la voici tout de même entrée. Dans le couvent 
lui-même, il y avait bien des religieuses qui pensaient 
un peu comme le Supérieur. On se demandait comment 
cette grande enfant allait suivre la règle austère du 
Carmel. Certaines — qui ne la connaissaient pas — 
croyaient à un caprice et n’attendaient rien de bon. 


On doit bien reconnaître pourtant qu’elle a l’air 
très sérieuse et qu’elle semble bien savoir ce qu’elle 
fait. Mais comment pourrait-on deviner l’âme ardente 
qui brûle dans ce corps d’adolescente! 


][ïl 

! - 1 


i 



103 Nous pouvons facilement nous la représenter dans 
sa cellule, puisque nous connaissons l’aménagement 
de cette petite pièce où toute Carmélite passe de 
longues heures chaque jour, à travailler dans le silence 
de la prière intime. 

Les murs en sont tout simplement blanchis, et nus. 
Seulement une grande croix de bois noir, sans Christ 
dessus, pour bien rappeler à la religieuse qu’elle a à 
vivre en esprit sur la croix. 

Les meubles? Il n’y en a guère. Le principal, le lit, 
est tout bonnement une planche posée sur des tréteaux. 


104 Sur cette planche, une dure paillasse. Des draps 
de laine comme les couvertures. Une cuvette et 
une cruche d’eau pour la toilette. Un petit rayonnage 
de bois pour recevoir livres et corbeille à ouvrage. 
Un banc de bois sans dossier. 

C’est dans cette simplicité, dans cette pauvreté 
peut-on dire, qu’une Carmélite s’enrichit de toutes les 
vertus spirituelles et travaille à faire grandir Dieu en 
elle et dans les âmes qui mystérieusement sont liées à 
elle. A condition bien sûr d’être fidèle à la grâce. 







105 La règle du Carmel est bien faite pour favoriser 
la montée de l'âme vers Dieu dans le dépouil- 
lement et l’oubli de soi. 

Thérèse la connaissait depuis longtemps. Elle y avait 
beaucoup réfléchi. Rien ne la surprit donc. Ce qui ne 
veut pas dire qu’elle ne ressentit pas l’austérité de cette 
règle. 

Se lever très tôt, rester fort longtemps à genoux, 
immobile, chanter l’office sur ce ton monotone si 
fatigant, être nourrie d'une manière très ordinaire, 
sans rien qui flatte le goût, sans viande. Jeûner la plus 
grande partie du temps... 


106 S urtcut — quand on pense que Thérèse avait 
quinze ans ! — ne plus courir ni gambader, mais 
s’obliger à marcher toujours posément, sans regarder 
à droite et à gauche. Ne plus pouvoir se mettre à chanter 
quand on en a envie. Et plus encore, n’avoir plus personne 
à embrasser, quand on a vécu dans un tel climat d’affec- 
tion familiale, que ce dut être dur pour la petite 
postulante! 

Certaines religieuses, qui avaient pensé qu’elle était 
entrée pour retrouver ses grandes sœurs, furent bien 
vite détrompées. 


107 Thérèse avait compris d’avance que ce serait là 
pour elle une des plus sûres occasions de sacrifice. 
Et tout de suite, avec sa belle vaillance, elle avait saisi 
cette occasion. Jamais elle ne joua « à la petite sœur » 
comme on pouvait s’y attendre. 

Elle qui, aux Buissonnets, avait été tant câlinée 
d’abord par Pauline, ensuite par Marie, se refuse de ce 
côté toute satisfaction. 

Elle poussait la générosité jusqu’à éviter, aux récréa- 
tions où la Communauté est rassemblée, de se trouver 
près de ses sœurs. 


108 Elle ne veut pas « être sainte à moitié ». Et la 
présence de ses aînées dans le même couvent lui 
devient ainsi une souffrance de plus. 

Une seule chose compte pour elle : bien suivre la 
Règle, se laisser former. Pour un seul but : aimer Jésus 
davantage et sauver des âmes. 

Sa Maîtresse des novices ne trouva jamais postulante 
plus docile, plus ouverte, plus décidée à devenir une 
vraie Carmélite. 

Pourtant Thérèse n’arrivait pas à se sentir à l’aise 
avec cette Maîtresse qu’elle aimait beaucoup cependant. 




109 Craintive, silencieuse, elle souffrait dans la solitude 
de son cœur. 

Il y avait bien la Prieure, Mère Marie de Gonzague, 
qui avait toujours été si bonne avec elle lorsque, petite 
fille, elle venait voir ses sœurs. Plus facilement elle lui 
aurait parlé. 

Mais voilà que Mère Marie de Gonzague semble toute 
changée à son égard. Sans doute pour ne pas se laisser 
attendrir par la jeunesse de Thérèse... et pour mieux 
l’aider à devenir sainte, elle la traite tout autrement 
maintenant qu’elle est entrée. 



110 Au lieu de retrouver en elle une Mère qui l’aurait 
affectueusement soutenue, Thérèse eut énormé- 
ment à souffrir par Mère Marie d^Gonzague. 

Celle-ci ne lui épargna pas les humiliations. 

Passant un jour dans la longue galerie — appelée 
cloître — que la postulante vient de balayer, Mère 
Prieure y découvre une toile d’araignée. 

Elle en fait reproche à Thérèse devant toute la 
communauté, et d’une manière bien blessante pour la 
pauvre petite : 



III « On voit bien, dit-elle, que nos cloîtres sont 
balayés par une enfant de quinze ans, c’est une 
pitié! Allez donc ôter cette toile d’araignée, et devenez 
plus soigneuse à l’avenir! » 

Une autre fois, Thérèse s'en va au jardin comme 
chaque jour arracher de l’herbe, ainsi que le lui a ordonné 
sa Maîtresse des novices. Et voilà qu’elle rencontre la 
Mère Prieure qui s’écrie : « Mais enfin, cette enfant 
ne fait absolument rien! Qu’est-ce qu’une novice qu’il 
faut envoyer tous les jours à la promenade! » 

Pauvre petite Thérèse! 



112 Et en racontant elle-même plus tard ces deux petits 
faits, elle dit bien que ce ne sont que des exemples : 
« Pour toutes choses, elle agissait ainsi à mon égard... 
J’étais grondée presque tout le temps... Je ne pouvais 
pas la rencontrer sans recevoir quelque reproche. » 
Combien de fois Thérèse n’eut-elle pas envie de se 
précipiter dans les bras de Pauline, pour y pleurer 
à son aise! Mais non, elle garde sa peine pour l’offrir 
à Dieu seul. Elle fait tout ce qu’elle peut pour contenter 
ses Supérieures, et tâche malgré tout de garder le 
sourire. 

Ce sourire de toute la vie de sainte Thérèse, quel 
héroïsme extraordinaire il représente! 







113 Comme pour mettre le comble à son mérite, 
Jésus Lui-même semble se cacher. Thérèse n’a plus 
du tout de facilité pour la prière. Elle qui restait immo- 
bile bien longtemps à prolonger ses actions de grâces 
dans sa paroisse, trouverait maintenant trop long le 
temps de l’oraison. 

Elle est distraite, fatiguée, ou prise par une terrible 
envie de dormir. La prière ne lui est plus agréable 
comme avant : « je n’avais pour mon âme que le pain 
quotidien d’une sécheresse amère », dit-elle. 

Décidément, ses débuts sont bien durs au Carmel, 


114 On en est tout bouleversé, n’est-ce pas, et on 
aurait envie de redire après la grande sainte 
Thérèse d’Avila, Réformatrice du Carmel et patronne 
de notre petite Thérèse de Lisieux : « Seigneur, si 
c’est ainsi que vous traitez vos amis, ce n’est pas éton- 
nant que vous en ayez si peu! » 

C’est exact. De vrais amis comme le sont les saints, 
le Seigneur en a peu, parce qu’il leur demande beaucoup; 
alors, les moins généreux reculent... Mais Jl connaissait 
de quelle trempe était cette grande fille qui venait de 
s’enterrer au Carmel à quinze ans. 



115 C’est pour cela qu’il ne la ménageait pas. 

Quelle force dans cette adolescente! L’âme 
tout angoissée, privée de toute consolation, de la terre 
comme du ciel, Thérèse s’accroche, souffre, mais ne 
lâche pas. « Jésus peut se cacher, mais on le devine. » 
Elle sait pour qui elle lutte. Elle est sûre de sa vocation, 
sûre de Dieu. Alors, elle ramasse toutes ses énergies 
et tient bon. 

« La souffrance m’a tendu les bras dès mon entrée, 
et je l’ai embrassée avec amour. » 

Voilà le secret de la force de Thérèse. Elle aime. 



116 Pendant son postulat, Thérèse suit avec ferveur 
une retraite prêchée par un bon religieux, le Père 
Pichon. 

Celui-ci est bien surpris et émerveillé devant la 
profondeur de cette âme. Il procure à la petite Sœur 
une grande joie en lui affirmant solennellement, de la 
part du Bon Dieu, que jamais elle n’a perdu l’état de 
grâce. « Non, lui dit-il, jamais vous n’avez commis un 
seul péché mortel. » Et il l’engage à en remercier le 
Seigneur. C’est Lui seul, en effet, qui l’a préservée, 
et non son propre mérite. L’humble Thérèse le sait 
bien ! 









117 L’époque de la Prise d’Habit approche. U y a 
déjà dix mois que Thérèse Martin est au Carmel. 
Jésus continue, même pendant la retraite préparatoire, 
de traiter virilement sa petite Fiancée en lui refusant 
toute consolation spirituelle. Elle se trouve comme dans 
un tunnel sans lumière. 

C'est donc une joie bien sérieuse qui emplit l’âme 
de Thérèse en ce matin du 10 janvier. Une petite lueur 
cependant : Thérèse désirait qu’il neige pour sa Prise 
d’Habit. Or ce matin-là, le temps est doux comme au 
printemps. 


118 Mais pourtant, au sortir de la cérémonie, on 
est bien étonné de voir que tout est blanc. Il a neigé, 
si incompréhensible que ce soit. Thérèse seule comprend, 
et dit merci à Jésus de lui avoir accordé ce petit plaisir. 

Elle était belle dans sa toilette de mariée. Et quel- 
qu’un qui fut bien content, ce fut son cher papa. Il 
allait enfin pouvoir embrasser sa « petite Reine ». 
Pour la dernière fois. 

Car le jour de la Prise d’Habit, la postulante sort 
de la clôture et, conduite par son père comme une 
mariée, entre à la chapelle. 


119 Là, l’Évêque va la fiancer officiellement à Jésus. 
Elle recevra, avec des formules très belles, 


120 Son pauvre papa pleure, mais il y a beaucoup de 
joie et de fierté dans ses larmes. 


l'Habit, le voile, et on lui coupera les cheveux pour 
bien montrer qu’elle est désormais « consacrée » 
au Bon Dieu. 

A la place de la belle robe de mariée, Thérèse, qui 
s’appelle désormais Sœur Thérèse de l’Enfant-Jésus, 
met la robe de grosse bure marron. Son voile est blanc, 
puisqu’elle est novice. Et elle reçoit aussi la grande 
cape blanche que mettent les Carmélites pour aller 
à la chapelle. 


Il a tout donné au Bon Dieu, le cher M. Martin. 
Trois filles déjà au Carmel. Et les autres suivront, il le 
sait. Sa santé est très ébranlée maintenant. Le Seigneur 
va lui demander, à lui et à ses filles, le plus dur des 
sacrifices. Sa belle intelligence diminuera peu à peu, 
sous les attaques cérébrales qu’il subira, jusqu’à ce 
qu’il devienne un pauvre corps dont la raison s’est 
retirée. 







121 Thérèse est heureuse. La voilà enfin Carmélite. 

Novice seulement, c’est vrai. Elle n’a pas encore 
fait de vœux qui l’enchaînent officiellement. Mais pour 
elle c’est pareil. Elle sait bien que jamais, jamais elle ne 
reviendra sur ce don qu'elle a fait d’elle-même au 
Seigneur. 

Elle n’attend pas du tout une vie toute douce et 
tout embaumée. Elle sait que c’est par la souffrance 
qu’on prouve son amour. Et elle écrit à Céline : « Ne 
croyons pas trouver l’amour sans la souffrance. Notre 
nature est là, elle n’y est pas pour rien... » 


122 Ceux qui, n’y regardant pas d’assez près, voient 
en sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus une petite 
sainte comblée de douces grâces et ne s’occupant que 
de roses, se trompent beaucoup. 

Elle est tellement humble et se fie tellement à Dieu; 
elle cherche tant aussi à lui faire plaisir dans les plus 
petites choses, qu’on risque de ne pas voir assez la 
dose formidable (et le mot ici, loin d’être exagéré, 
n’est pas assez fort) d’héroïsme qu’il lui a fallu pour 
se renoncer ainsi perpétuellement, sourire sans cesse 
et garder son calme et sa joie dans les plus dures 
épreuves. 


124 Et paisiblement, sans agacement (elle avait pourtant 
bien à faire pendant cette heure!), elle reste dans 
le noir, s'unissant de tout son cœur à Jésus et Le remer- 
ciant d’avoir permis qu’elle manque même du nécessaire. 

Au réfectoire, impossible de savoir ce qu’elle aime 
ou n’aime pas. Et comme elle ne manifeste jamais d’ennui 
ni de dégoût, on prend peu à peu l'habitude de lui 
donner « les restes », ce qu’on n'oserait pas servir à 
d 'autres. 

Et Thérèse ne cesse pas de sourire et d’avoir l’air 
contente, malgré les révoltes de son estomac habitué 
à la bonne nourriture. 


123 Mais Thérèse veut donner à Jésus le plus grand 
amour possible. Aussi elle a « soif de souffrir et 
d’être oubliée ». 

Toutes les occasions lui sont bonnes; elle n’en manque 
pas une. Et c'est bien plus méritoire que les pénitences 
qu’elle aurait pu inventer elle-même. 

Ainsi, un soir où elle doit passer une heure dans sa 
cellule entre deux exercices, elle ne trouve pas sa lampe 
à la place habituelle. Sans doute quelqu’un l’aura prise 
par erreur. Vous pensez qu’elle va aller demander qu’on 
lui donne une lumière. Non, c’est le grand silence, 
elle préfère se taire. 









125 Plus encore; elle est auprès d’une Sœur qui a 
toujours soif. Et la même cruche est pour les deux. 
Tant pis si la Sœur boit tout ou presque. Sans rien 
manifester, Thérèse se passe de boire tout simplement. 

Dans ses premiers mois de vie religieuse, on a fait 
un peu attention à lui donner des objets en bon état. 
Elle a été si soignée, si gâtée chez elle. Mais maintenant 
elle est novice. Alors, à la place de la cruche neuve et 
propre de sa cellule, elle en reçoit un jour une vieille 
grosse tout ébréchée. Une occasion encore qu’elle 
saisit joyeusement! 


126 C’est ainsi pour tout. Sa robe de grosse bure n’a 
pas été taillée convenablement; elle lui va mal, 
la gêne... N’importe! Elle gardera aussi ses sandales 
à semelles de corde (qu'on nomme au Carmel des alpar- 
gates) jusqu’à ce qu'elles tombent littéralement en 
loques. 

Petites choses? En y réfléchissant un peu, on recon- 
naît que ces petites choses-là sont souvent bien plus 
dures à supporter — parce qu’elles reviennent tout 
le temps — que la grosse épreuve qui n’arrive qu’une 
fois. 


127 La vie du Carmel permet d'ailleurs la souffrance, 
à chaque instant pourrait-on dire, pour une âme 
aussi délicate que Sœur Thérèse. Elle sentait très vive- 
ment les manquements à la charité, et certains regards 


128 Elle réussit si bien que cette Sœur lui demanda 
un jour : « Voudriez-vous me dire ce qui vous 
attire vers moi ? Je ne vous rencontre pas que vous ne 
me fassiez le plus gracieux sourire! » 


durs ou un peu méprisants pour sa jeunesse la faisaient Quelle énergie dans cette jeune fille de seize ans et 

beaucoup souffrir. demi! Une de ses compagnes de noviciat a dit d’elle : 


Il y avait entre autres une Sœur qui exerçait davantage 
la patience de Thérèse. Et il lui fallait faire un effort 
terrible pour être aimable avec elle. Thérèse lutta de 
toutes ses forces et de tout son amour contre i’anti- 


« Avant d'apprendre à classer ses vertus, je les avais 
déjà toutes groupées dans la Force. » 

L'héroïsme de sa charité paraîtra encore à l’égard 
d’une Sœur âgée, Sœur Saint Pierre. Thérèse raconte 


pathie que lui inspirait cette religieuse. 


elle-même le fait dans l’histoire de sa vie. 




129 Cette pauvre vieille Sœur, percluse de rhuma- 
tismes, avait en outre un assez désagréable carac- 
tère. Or, il fallait la conduire en la soutenant, chaque 
soir, de la chapelle au réfectoire. Thérèse, sachant 
combien la mission est difficile, s’offre à l’accomplir. 

Il fallait tenir la Sœur d’une certaine façon. « Si par 
malheur, raconte Thérèse, survenait un faux pas, 
aussitôt il lui semblait que je la tenais mal et qu’elle 
allait tomber. « Ah! mon Dieu! vous allez trop vite! 
je vais m’briser! » Si j’essayais alors de la conduire 
plus doucement : « Mais suivez-moi donc, je n’sens 
pas vot’main, vous m’Iâchez, j’vais tomber!..., etc. » 



131 Mais elle y trouve une grosse occasion de se morti- 
fier. Il y a toujours deux « réfectorières ». Or il 
se trouve que l’autre... c’est Sœur Agnès de Jésus. 
Oui, sa chère grande sœur Pauline. La Mère Prieure 
ne défendrait pas quelques mots échangés entre les 
deux sœurs, surtout dans cette période de la maladie 
de leur père. Il suffit de lui en demander la permission. 

Thérèse ne demande rien, travaille constamment 
avec sa sœur chérie sans prononcer un mot. Mais elle 
lui dira plus tard, quand elle sera près de mourir : 
« O ma petite mère, que j’ai souffert alors!... » 



130 On a envie de rire en lisant cela, et sans doute 
que Thérèse souriait un peu malicieusement en 
écrivant ce souvenir... 

Mais quand on pense que cela dura des jours et des 
jours sans que jamais la petite Sœur ne se montre 
énervée ou lassée, alors on a plutôt envie d’admirer, 
n’est-ce pas? 

Pendant son noviciat, Thérèse est employée au réfec- 
toire. Elle le balaye, le tient en bon état de propreté, 
remplit les cruches, va chercher les bouteilles de bière 
à la cave. Elle est heureuse de cet emploi comme de 
ceux qu’elle a eus précédemment. 



132 L’année de son noviciat s'écoule ainsi, sans que 
les autres religieuses puissent comprendre la 
vaillance qui se cache sous le perpétuel sourire de la 
petite Sœur. 

Au bout d’un an, normalement, elle doit être admise 
à faire sa Profession. La Prise d’Habit pour une reli- 
gieuse, c’est la cérémonie de fiançailles avec Notre 
Seigneur. Et la Profession, c’est le mariage. On peut 
donc supposer avec quelle ardeur et quel désir Thérèse 
voyait son année de fiançailles s’achever. 

Mais voilà que le terrible Supérieur, qui avait mis 
tant d’entraves à son entrée, s’oppose à nouveau. 






133 II la trouve trop jeune pour faire profession. 

S'il avait pu savoir quelle virilité cachait cette 
jeunesse! 

Ce fut un coup très dur pour la pauvre petite Sœur, 
prête comme sans doute aucune autre ne l’avait jamais 
été. Pourtant, elle ne se découragea pas, et pensa que 
ce temps supplémentaire lui permettrait de mieux 
préparer ce qu’elle appelait « sa robe de noces ». 
Elle multiplia les sacrifices, les actes d’amour, pensant 
que cela représentait autant d’ornements, de broderies 
de pierreries pour embellir cette robe spirituelle et 
plaire davantage à Jésus. 


134 Et elle dit gentiment au Bon Dieu, avec cette 
confiance d’enfant qui est sa marque dominante : 
« Quand vous la trouverez assez riche, je suis sûre 
que rien ne vous empêchera de me prendre pour 
épouse. » 

Enfin, la date de sa Profession fut fixée au 8 septembre, 
fête de l’anniversaire de la naissance de Notre-Dame. 
C’était un beau jour pour être « mariée » avec Notre 
Seigneur. 

Sœur Thérèse s’est préparée par une longue retraite 
de dix jours, pendant lesquels elle a vécu dans le plus 
complet silence et la prière constante. 



T -Tl A 




- f»8S 



y !■ 

* ■ •*- . i 



Vf 

« 



135 Pourtant, elle ne fut pas favorisée de grâces de 
ferveur facile. Comme d’habitude, c’est par la 
force de sa volonté qu’elle priait et qu’elle faisait des 
actes d’amour. Il lui semblait que Jésus l’avait conduire 
« dans un souterrain où il ne fait ni chaud ni froid », 
où il n’y a « qu’une clarté à demi voilée, la clarté que 
répandent autour d’eux les yeux baissés de la Face 
de Jésus ». 

Car Thérèse a une dévotion très grande à la Sainte 
Face, dont elle a demandé d’ajouter le nom à celui qu’elle 
a déjà. 


136 Loin de se plaindre de cet état — bien douloureux 
pourtant — qu’on appelle la sécheresse spirituelle, 
Sœur Thérèse ne songe qu’à aimer et à dire merci : 
« je remercie mon Jésus de me faire marcher dans les 
ténèbres... Je suis heureuse, oui, bien heureuse de 
n’avoir aucune consolation... Jésus, je voudrais tant 
L’aimer! L’aimer comme jamais II n’a été aimé! » 

Sa retraite se passe ainsi, et on voit à quelles hauteurs 
spirituelles la petite Thérèse, qui n’avait pas même 
dix-huit ans, était parvenue. 


feza 









137 Et l’aube du 8 septembre 1890 se lève. Thérèse, 
en ce grand jour, sent son cœur s’élargir aux 
dimensions de l’univers : « Je voulais que ce jour-là 
tous les pécheurs se convertissent, que je Purgatoire 
ne renfermât plus un seul captif. » 

Elle prie pour tous les siens, insiste, cite à Jésus les 
noms de ceux qu’elle veut Lui recommander spéciale- 
ment, Pour elle, c’est sur un petit papier qu’elle porte 
sur son cœur qu’elle a résumé ses demandes, toujours 
les mêmes : la paix et l’amour, le détachement, la 
souffrance, l’humiliation. 


138 La voilà étendue sur le sol dans la salle du Chapitre 
où se font les Professions, le visage contre terre, 
les bras en croix. 


Elle a dit entre autres à Jésus sur son petit papier ; 
« Que pour vous je meure martyre; donnez-moi le 
martyre du cœur ou celui du corps. Ah! plutôt, donnez- 
ies moi tous les deux! » 


Le Seigneur doit sourire d’amour à sa petite épouse 
si pure, si vaillante. Et II exaucera point par point tous 
les désirs qu’elle Lui a exprimés. 


1 A IMF ftlÉ 





JjjS . . 

F 

/ü\ J w \W 

f H 

I 



139 Thérèse garda sa couronne de roses toute la jour- 


140 Elle ne put s'empêcher de pleurer ce jour-là, 


née, et la déposa le soir aux pieds de Notre-Dame, 


se sentant « orpheline ». Mais elle accepta de bon 


lui confiant sa consécration et toute sa vie religieuse. cœur et en offrant sa peine, comme d’habitude. 


Quelques jours plus tard, le 24 septembre, elle change 
son voile blanc de novice pour un voile noir, signe 
qu'elle est maintenant Carmélite professe. Elle avait 
espéré voir son pauvre papa ce jour-là. Il allait un peu 
mieux, mais au dernier moment on jugea préférable 
de ne pas l’amener. Ce fut une grosse souffrance pour 
le cœur si aimant de Thérèse. 


D’ailleurs, il ne faudrait pas croire que Sœur Thérèse 
paraisse, dans la vie courante du Carmel, comme toujours 
absorbée en prière et « dans les nuages ». Au contraire, 
elle était si aimable aux récréations, si gaie, si empressée 
à faire rire que si par hasard elle était retenue ailleurs, 
les Sœurs étaient désolées : « Nous n’allons pas rire, 
Sœur Thérèse de l’Enfant-Jésus n’est pas là! » 








141 Toutefois, Sœur Thérèse n’acceptait jamais que 
l’on puisse, dans ces récréations, se moquer de 
quelqu’un ou manquer à la charité d’une manière ou 
d’une autre. 

Elle continuait personnellement à pratiquer cette 
charité sans jamaîs.y manquer. Encore une petite histoire 
à ce sujet ; elle aimait beaucoup les fleurs, nous le 
savons, et se plaisait à fleurir les autels et statues du 
couvent. Or, une bonne vieille Sœur se plaignait que 
les fleurs lui faisaient mal à la tête, spécialement les 
roses. Ce jour-là donc, Sœur Thérèse doit décorer un 
petit ermitage. 



142 Pour ne pas risquer de gêner la bonne vieille Sœur, 
elle se prive donc d’y mettre des roses naturelles. 
Mais elle apporte, pour les remplacer un tant soit peu, 
une belle rose artificielle. 

Voici la Sœur qui s’avance, voit la rose. Elle va dire 
quelque chose. Mais Sœur Thérèse prévient délicatement 
toute réflexion en faisant admirer à la chère ancienne 
la perfection de ce qui n’est pourtant qu’une copie. 

Cela, c’est de la charité vraiment délicate, n’est-ce 
pas ? 




143 Une épidémie de mauvaise grippe s’abattit un 
jour sur le Carmel. Bientôt tout le monde fut 
atteint sauf deux religieuses. Sœur Thérèse ne fut que 
peu contaminée. Sans vouloir se coucher, elle se prodigua, 
soigna les malades, ensevelit les mortes — car l’épreuve 
fut si lourde qu’il y eut, en l’espace de quelques jours, 
plusieurs décès. Elle se multipliait, était partout, 
apportant avec elle la confiance et la sérénité. 

C’est même devant cette énergie si grande de la 
jeune Sœur Thérèse que le Supérieur sentit enfin fondre 
ses préventions et se mit à l’admirer. 


144 Sœur Thérèse a quitté son emploi du réfectoire 
et on l’a mise à la sacristie. Quelle joie pour elle 
de préparer les ornements et les vases sacrés, d’embellir 
le sanctuaire et de lui donner tous ses soins. Quand 
elle mettait dans le ciboire les hosties qui, à la parole 
du prêtre, deviendraient le Corps du Christ, elle était 
bien émue et pleine de respect. 

Bientôt d’ailleurs, malgré sa jeunesse, elle va avoir 
comme on dit, « charge d’âmes ». 

En effet, voici le moment venu pour les élections. 
Toutes les Carmélites votent pour désigner leur 
Supérieure. 





145 Et ccttc fois-ci, Mère Marie de Gonzague n’est 
pas réélue, mais c’est Sœur Agnès de Jésus (Pauline) 
qui est désignée comme Prieure par le scrutin. 

La nouvelle Prieure donne à Mère Marie de Gonzague 
la charge de Maîtresse des Novices, et lui adjoint Sœur 
Thérèse pour la seconder. 

Nouvelle source de souffrances et de renoncements 
de toutes sortes pour la sainte petite Sœur : elle a 
une mission à remplir sans avoir aucun titre réel, 
puisqu’elle n’est qu’adjointe. Et nous savons que Mère 
Marie de Gonzague est plutôt autoritaire et pas toujours 
commode. 


146 Elle réussit pourtant ce qui semblait impossible : 
contenter la Mère, et remplir tout de même sa 
mission. 


Elle y manifesta à la fois son âme de chef et sa totale 
charité. Aussi on peut se douter combien elle fut aimée 
de ses novices. Elle les guide, les soutient, leur consacre 
son temps, sa patience, son amour surtout. Elle veut 
en faire de vraies carmélites. Elle leur parle de ce qu’elle 
appelle « sa petite voie, la voie d’enfance ». 

Cette voie, elle l’a trouvée dans l’Évangile. 


148 « Ne croyez pas que suivre ma petite voie, c'est 
suivre une voie de repos, toute de douceur et de 
consolation. Non, car “ l’amour se prouve par les 
œuvres ” et nous devons jeter sans cesse à Jésus les 
fleurs des petits sacrifices ». 

Et comme on lui rapportait, à la fin de sa vie, la 
parole d’une religieuse croyant qu’elle n’avait jamais 
eu à soutenir de combat : « Oh ! si, j’en ai eu ! J’avais 
une nature pas commode; cela ne paraissait pas. Mais 
moi je le sentais bien. Je puis vous assurer que je n’ai 
pas été un seul jour sans souffrir, pas un seul. » 

Cela donne à réfléchir sur la soi-disant facilité de la 
« petite voie » de sainte Thérèse. 


147 Depuis longtemps, elle s’applique à vivre à fond 
la parole de Notre Seigneur : « Le royaume des 
deux est pour les petits et ceux qui leur ressemblent. » 
Chaque jour elle découvre des profondeurs nouvelles 
dans ce sens. Elle se voit si petite, si faible... Alors, 
elle a une jolie trouvaille. Il lui faut un « ascenseur » 
pour aller jusqu’où Dieu l’appelle : « L’ascenseur 
qui doit élever mon âme jusqu’au ciel, ce sont vos bras, 
ô Jésus! » 

On se tromperait cependant, en pensant que c’est 
tout facile et agréable, ce que recommande Sœur 
Thérèse. Elle même nous dît : 


1 









V 1 jaA . | 

a AT 




• 

• V. | I 1 1 V ; 







149 Ai nsi, se faisant de plus en plus petite au vrai 
sens du terme, elle se rapproche sans cesse du 
Seigneur. Bientôt, il va la trouver prête pour la prendre. 

Sa santé en effet s’est peu à peu ruinée au régime 
austère du Carmel. Elle a avoué qu’elle a souffert du 
froid « jusqu’à en mourir ». Ce qui ne l’empêchait pas 
d'accomplir toute la règle sans jamais demander d’ex- 
ception, comme par exemple d’aller laver le linge dehors 
en hiver, alors qu’elle a déjà la fièvre. Elle voulait 
être fidèle et vaillante jusqu'au bout. • 


151 De plus en plus, elle comprend l’amour immense, 
fait de tendresse et de miséricorde, que nous porte 
Dieu. Et l’idée lui vient de s’offrir en victime à cet 
Amour miséricordieux. C’est le 9 juin 1895, qu’avec 
la permission de ses Supérieures, elle fait cette consé- 
cration « afin de vivre dans un acte de parfait amour » 
comme elle dit elle-même. 

Le Bon Dieu paraît bien ratifier cette donation totale, 
car Sœur Thérèse semble bientôt h’être plus qu’une 
flamme d’amour. Un rayonnement émane d’elle en ces 
toutes dernières années de sa vie. Dieu consume sa 
petite victime. 


150 Mais certains soirs, lorsqu’elle suivait les longs 
corridors glacés pour retrouver sa cellule aussi 
froide, elle se sentait tellement épuisée que c’est à 
peine si elle trouvait la force de quitter la lourde robe 
de bure pour se glisser, grelottante, sous les deux 
pauvres couvertures qui ne parviendraient pas à la 
réchauffer de toute la nuit, 

La cloche du réveil la retrouve pourtant courageuse, 
prête à offrir au Seigneur tous les instants d'une nouvelle 
dure journée, et c'est avec son beau sourire qu’elle 
reparaît devant toutes. 


152 El par elle, sa miséricorde s'applique à des inconnus, à 
de pauvres gens qui vivaieni loin de Lui. Merveilleuse 
influence d'une âme aimante, et dont la prière est univer- 
selle, Une carmélite peut sauver autant d’âmes qu’un mis- 
sionnaire. 

Ah 1 les missionnaires, comme elle les aimait, cette 
«petite» sœur qui aurait voulu être missionnaire à la fois 
dans tous les postes de mission du monde entier. Elle avait 
d'ailleurs obtenu la permission de correspondre avec un mis- 
sionnaire Père Blanc d'Afrique orientale et avec un prêtre 
des Missions Étrangères envoyé en Chine. Elle les encoura- 
geait par des lettres admirables. 





A 



[53 Une seule chose compte ; l’amour qu'on a dans 


le cœur et qu'on exprime dans sa manière de vivre. 
Et dans ce domaine, personne ne peut se croire trop 
petit : « C'est ma faiblesse même, s’écriait Sœur Thérèse, 
qui me donne l’audace de m’offrir en victime à votre 
amour! » 

Aussi, elle appelle toutes les « petites âmes », comme 
elle dit, à suivre sa voie, en même temps qu’elle supplie 
Jésus de « s’en choisir une légion dans le monde ». 
Nous pouvons lui demander d’en être! 



154 Elle dit elle-même : « Depuis ce jour (le jour de 
son Offrande à l’Amour miséricordieux), l’amour 
me pénètre, m’environne... me renouvelle, me purifie, 
et ne laisse en mon cœur aucune trace de péché... » 
Elle reste pourtant jusqu’au bout la simple et délicate 
petite Sœur qu’elle a toujours été. Sa charité fraternelle 
grandit même chaque jour. 

Mère Agnès de Jésus nous raconte elle-même un 
petit fait à ce propos : Sœur Thérèse est très malade. 
Pourtant, elle use ses dernières forces à écrire, sur 
l’ordre de sa Prieure, « l'Histoire d’une Ame ». 



155 Or, Mère Agnès s'aperçoit un jour que sa petite 
sœur est constamment dérangée, ce qui ne doit 
guère faciliter sa besogne. Pour un oui, pour un non, 
on vient près d'elle, on lui demande un conseil ou un 
service (comme de faire une image ou une poésie). 
Pour la malade à qui tout effort est si pénible, ce doit 
être épuisant. 

Sa « petite Mère » s’en inquiète, mais Thérèse 
lui dit dans un sourire : « Oh! la charité fraternelle, 
c’est tout sur la terre! C’est la principale des vertus... 
On aime Dieu dans la mesure où on la pratique. » 


156 Elle la pratiqua vraiment jusqu’au bout. Ce bout 
qui n’est pas bien loin, maintenant. Car les mois 
passent, aggravant son mal que rien ne peut enrayer. 

Voici le l ,r mai 1897. La Sainte Vierge, qu’elle aime 
tant, remplit son cœur « d’une joie céleste » ce jour- 
là. Et Thérèse repasse sans cesse dans son âme ce que 
fut pour elle l’amour du Père des cieux et aussi celui 
de Notre-Dame. Elle s’abandonne à cet amour : « Je 
ne désire pas plus mourir que vivre... je laisse le Bon 
Dieu choisir pour moi : c’est ce qu’il fait que j’aime! » 








158 « Ah! je le sens, quand même j’aurais sur la cons- 
cience tous les crimes qui se peuvent commettre, 
je ne perdrais rien de ma confiance; j'irais, le cœur 
brisé de repentir, me jeter dans les bras de mon Sau- 
veur... » 


13 / juin amene les chaudes journées qui permettent 
de I installer au jardin. Là, à l’ombre des grands 
marronniers et sans jamais compter avec sa fatigue, elle 
continue d’écrire... pour obéir. 

Bientôt elle n’aura même plus la force de tremper 
sa plume dans l’encrier. Mais toujours vaillante, elle 
saisira un crayon... jusqu’à ce qu’elle n’en puisse plus. 
Le crayon lui tombe des mains. Elle est presque mou- 
rante. Et ses dernières lignes ont été pour crier con- 
fiance aux pauvres pécheurs qu’elle a toujours tant 
aimés ; 


Elle sait que la mort est proche. Cette pensée ne 
l’effraie pas. « Si vous me trouviez morte un matin, 
n’ayez pas de peine, c’est que papa le Bon Dieu serait 
venu me chercher tout simplement... » 

Ses nuits sont bien mauvaises. L’oppression, la toux 
l’empêchent de dormir. 


159 La Sœur Infirmière lui demande un matin 


160 Sœur Thérèse commence à prononcer ces phrases 
si connues maintenant et qui l’ont rendue célèbre 
dans tous les lieux du monde : 

« Vous verrez, dit-elle, après ma mort, je ferai 
tomber une pluie de roses. » 

Et peu de jours après : « Je sens que ma mission va 
commencer, ma mission de faire aimer le Bon Dieu 
comme je l’aime, de donner aux âmes ma petite voie... 
je veux passer mon ciel à faire du bien sur la terre. » 
« Vous souffrez beaucoup? lui demande-t-on. 

— Oui, mais je l’ai tant désiré!... » 


Que faites-vous toute la nuit? 


que pouvez-vous 


— Je ne lui dis rien, je l’aime, répond alors sainte 
Thérèse, montrant par cette magnifique réplique ce 


us ou moins d’attention, mais l’élan d’un cœur sim 


cère qui cherche à prouver son amour, 





162 Le 29 septembre 1897 se lève. Il lui semble qu’elle 
ne pourra aller plus loin : « Ma Mère, est-ce l’agonie, 
ne vais-je pas mourir? » Et comme on lui répond que 
Dieu veut peut-être prolonger encore un peu son 
martyre : « Eh bien! allons, allons... oh! je ne voudrais 
pas moins souffrir... » 

On se demande que! fil la retient encore à la vie. 
Plusieurs fois la Mère Prieure rassemble la Commu- 
nauté autour du lit de la mourante, croyant que c’est 
la fin. 

Et voici son dernier jour. On l’entend murmurer : 
« Je n’aurais jamais cru qu'il fût possible de tant souf- 
frir... » 


161 « Oh! comme il faut que le Bon Dieu soit bon 
pour que je puisse supporter ce que j’endure... » 
Le médecin était dans l’admiration devant son cou- 
rage : « C’est un ange... », disait-il. 

A tout moment on croyait la voir mourir. 

Mais Dieu voulait qu’elle mérite encore, et elle dura 
ainsi jusqu’à la fin du mois de septembre. Elle est 
privée de tout. Dans son âme, c’est comme « un grand 
trou noir », et elle ne peut même plus communier, 
ayant trop fréquemment des crachements de sang. 
Mais sa vaillance reste entière. 


IliVL.. ‘ .v ' , V 

ï W il 

VV | 

' ! 

1 » il U ML 

Ik > / 

WjjÉp ' 1 

, ,i Æ 


ukriii L J 

iS-7, 1 : 




âlàl 

* . . , ! 


163 Et aussi : « Je veux bien encore souffrir... » 
Enfin, le soir, son visage s’altère davantage, la 
sueur perle sur son front, l’oppression est terrible. 
Elle râle. Bientôt sept heures sonnent. 

Sœur Thérèse serre fort son crucifix dans ses mains, 
le regarde longuement. Et on l’entend prononcer dis- 
tinctement : 

« Oh! je l’aime... mon Dieu!... Je... Vous... aime!... » 

Sa tête retombe ensuite en arrière. On la croit 
morte. Vite, on sonne la cloche pour appeler toutes les 
Sœurs. 


164 Dans cette petite infirmerie, la Communauté 
s’agenouille, silencieuse, tt voilà que Thérèse se 
redresse, sa figure s’anime, ses yeux reflètent un bon- 
heur inexprimable, toute trace de souffrance est dis- 
parue. 

Cela dura le temps d'un Credo. Puis elle ferma les 
yeux. C’était fini. 

Sœur Thérèse de l’Enfant-Jésus avait quitté la terre. 
Le sourire, ce vaillant sourire qui est comme la marque 
de sa vie, se fixa sur son visage, émerveillant tous ceux 
qui le virent. 





166 Ce premier miracle fut très vite suivi de nom- 
breux autres. « L’Histoire d'une âme », ce livre 
de sa vie qu'elle avait écrit pour obéir à sa Supérieure, 
se répandit rapidement. Les gens se mirent à prier avec 
ardeur celle que tout le monde appelait déjà « la petite 
sainte » ou encore « la petite fleur ». 

Et la « pluie de roses » annoncée par Thérèse com- 
mença à tomber en abondance. Les malades, les pauvres, 
les enfants, les soldats — spécialement pendant la 
première guerre mondiale de 1914-1918 — obtenaient 
d’elle des faveurs extraordinaires. Un « ouragan de 
gloire», comme dit plus tard Pie XI, se déchaîna pour 
Sœur Thérèse de Lisieux. 


165 Et, avant même d’être ensevelie, Thérèse commença 
à montrer quelle était sa puissance auprès du 
Seigneur, Une des Religieuses du Carmel — une de 
celles qui, longtemps auparavant, ne s’était guère mon- 
trée charitable à l'égard de la sainte petite Sœur — 
appuya, dans un geste d’humilité repentante, son front 
sur les pieds de la morte. Elle fut aussitôt guérie d'une 
maladie qui la gênait beaucoup. 

Thérèse n’avait pas perdu de temps : elle témoi- 
gnait ainsi qu’elle était au ciel, et que le Bon Dieu 
exauçait son désir de « passer son ciel à faire du bien 
sur la terre. » 


:tNWnrjt$u» 


167 Cette petite fille qui s'était enfermée à l’âge de 
quinze ans et demi dans un Carmel, pour y vivre 
d’amour, ignorée de tous, et y mourir à vingt-quatre 
ans, fut bientôt, par un prodige inouï, connue du 
monde entier. 

C’est en effet de tous les points de la terre que 
parvenaient les récits des grâces obtenues par elle, 
et les demandes de glorification de l’humble carmélite. 

Aussi brûla-t-elle toutes les longues étapes qui 
marquent habituellement les procès de canonisation. 

Son corps avait été, le 4 octobre 1897, conduit au 
cimetière de Lisieux, où l’on enterrait les Carmélites. 


168 Treize ans après, on exhumait ce corps, et 
bientôt son Procès de Béatification fut introduit 
en Cour de Rome. 

Le 29 avril 1923, le Pape la déclarait Bienheureuse. 

Et deux ans plus tard, en une de ces cérémonies 
inoubliables, dans la basilique Saint-Pierre de Rome, la 
petite Normande était, pour la fierté de l’Eglise uni- 
verselle, déclarée officiellement sainte. 

C’est le Pape Pie XI qui l’inscrivit parmi les saints 
canonisés. 





170 Le 1 4 décembre 1 927. c'est encore Pie XI qui proclame 
Thérèse « patronne universelle des missions», à égalité 
avec le grand apôtre saint François-Xavier. Thérèse avait 
tant prié pour les missionnaires... 

Et puis, le 1 1 juillet 1937. ne pouvant venir lui-même à 
Lisieux, Pie XI y envoie comme légat son plus intime colla- 
borateur, le cardinal Pacelli, qui souleva l'enthousiasme des 
Français. 

Celui-ci. en 1939. devenait Pape à son tour, sous le nom 
do Pie XII. Il gardera toujours un souvenir ému de son pèleri- 
nage à Lisieux. 


169 Ce grand et savant Pape avait une tendre dévotion 
pour celle qu’il appelait « l’étoile de son ponti- 
ficat », Il en obtenait toutes les grâces qu’il lui demandait 
pour l’aider à gouverner l’Église. 

Il envoya un jour à Lisieux une rose d’or, qui brille 
entre les doigts de Thérèse dans la châsse où d’innom- 
brables pèlerins viennent la prier. 

Ces pèlerins de Lisieux, ils arrivent de partout : 
du plus modeste de nos villages de France, comme des 
plus imposantes cités d’Outre-Atlantique. 


172 Demandons-lui de nous apprendre à aimer et à 
servir le Seigneur comme elle l'a si bien fait. 

Prions*la pour la France, dont elle est — avec sainte 
Jeanne d’Arc — la Patronne secondaire (la première 
étant Notre-Dame). 

Prions-la pour le monde entier, qui a tant besoin 
de retrouver cet esprit de simplicité et de charité 
héroïque qui lui rendrait la paix. 

Et n’oublions pas non plus de lui recommander les 
grands intérêts de l’Église — elle est aussi Patronne 
des missions. 

Sainte Thérèse de [’Enfant-Jésus, priez pour nous. 


171 Les années ont passé... Le 2 juin 1980, au cours de son 
voyage en France, le Pape Jean-Paul II, cinquième suc- 
cesseur de Pie XI. se rend en personne à Lisieux. Il tient à 
souligner que Thérèse, du fond de son couvent, « s'est sentie 
missionnaire, présente par la force et la grâce de l'Esprit 
d'amour à tous les postes missionnaires et proche de tous 
les missionnaires à travers le monde». 

Thérèse avait dit un jour : « P.ersonne ne m'invoquera sans 
avoir de réponse ». A nous donc de nous adresser à elle avec 
confiance. 






W7/ ^ s** i 

imEIZr r j 


i 




■B 








SB! 









Table des matières 

★ 


Baptême et petite enfance de Thérèse 1-3 

Thérèse en famille 4— 

Une riche nature 10-13 

Maladie et mort de M me Martin 14-15 

Lisieux et les Buissonnets 16-18 

Thérèse et son papa 19-20 

Une petite fille comme les autres 21-22 

La charité de Thérèse 23-25 

« Je choisis tout » 26-27 

Thérèse écolière 28-37 

Pauline va entrer au Carmel 38-39 

Thérèse tombe malade 40-43 

La sainte Vierge guérit miraculeusement Thérèse 44-45 

La première Communion 46-53 

Thérèse reçoit la Confirmation 54-56 

Une grande fille de 13 ans 57-59 

Thérèse pense au Carmel 60-64 

Elle en parle à son papa 65-68 

Résistances à son projet 69-74 

On ira voir le Pape! 75 

Le premier pécheur de Thérèse 76-81 

On part pour Rome 82-86 

Thérèse devant le Pape 87-90 

La grande déception de Thérèse 91-92 

Enfin, elle est acceptée au Carmel 93 

Thérèse quitte les Buissonnets 94-97 

Devant la porte de clôture 98-100 

Premières souffrances au Carmel 101-116 

Thérèse va prendre l’Habit du Carmel 117-121 

L’esprit de sacrifice de Sœur Thérèse 122-127 

Sa charité héroïque 128-132 

La Profession religieuse 133-140 

Une aimable petite Sœur 141-144 

Sœur Thérèse est chargée des novices 145-147 

Elle enseigne sa « petite voie » 148-149 

Sa santé décline 150 

L’offrande à l’Amour miséricordieux 151-153 

Sœur Thérèse est bien malade 154-157 

Sa confiance dans le bon Dieu 158 

« Je ne Lui dis rien, je L’aime » 159 

Thérèse livre son message 160-161 

Les derniers moments 162 

La mort 163 

L’extase de sainte Thérèse 164 

Les miracles et la gloire 165-172